« Manif pour tous » : quelles suites ?

Depuis le vote du « Mariage pour tous » le 24 avril, la question revient, lancinante, dans les rangs de tous ceux qui ne peuvent se résigner à cette loi inique : quelles formes donner à la résistance puisque celle-ci s’impose à leur conscience ? Et quels seront les mots d’ordre des prochaines grandes manifestations des 5 et 26 mai ? (mon éditorial pour Aleteia)

Le combat législatif s’est achevé à l’Assemblée nationale : le vote ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels est « définitif ». Il reste le recours immédiatement déposé devant le Conseil constitutionnel par des députés de l’opposition soutenus par des juristes de renom. Il y aussi le quasi miracle que serait la décision du chef de l’Etat de renoncer à promulguer une loi qui divise aussi visiblement les Français -toutes les enquêtes montrant à présent qu’ils regrettent qu’elle ait été votée. Mais il est permis de croire aux miracles et même de prier pour qu’ils se produisent ! N’est-ce pas ce qu’ont fait les Colombiens, dont 80% sont catholiques, pour que leur Parlement rejette le « mariage homosexuel » ?  (1)

En France, de nombreux maires et leurs adjoints annoncent d’ores et déjà qu’ils opposeront l’objection de conscience à une loi immorale. (2) Rappelons à propos de l’objection de conscience qu’elle n’est pas seulement un droit mais un devoir dans un tel cas, comme l’a souligné le pape Jean-Paul II à propos des rapports entre la loi civile et la loi morale : « Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s’y opposer par l’objection de conscience » (Evangelium vitae, n.73). (Lire à ce propos l’excellent article que vient de publier Jean-Olivier Arduin chez notre confrère et partenaire Liberté Politique.)

Assurément, l’espérance n’a pas abandonné les opposants. Beaucoup d’entre eux la rendent visible avec ce mouvement des Veilleurs qui sur les pelouses des Invalides comme ici (notre photo)  mais aussi dans de nombreuses villes de province, grandes ou petites, se relaient pour allumer de petites flammes dans la nuit. Petites flammes vacillantes, mais qui ne s’éteignent pas. Ou encore, pour reprendre la belle image de Sylvie Carnoy sur Radio Notre-Dame, « révolution des Roseaux » qui plient et mais ne rompent pas, contre le « chêne » gouvernemental et contre « la force injuste de la loi » (François Mitterrand).

A tous, il semble impossible que la résistance s’étiole ou se perde dans des combats douteux. Il ne faut pas l’abandonner aux violents ni à ceux qui n’ont en réalité rien à faire d’une quelconque exigence éthique, mais qui entendent simplement récupérer la mobilisation au profit d’un parti. La nouveauté de cette résistance au « Mariage pour tous », c’est précisément qu’elle porte sur les fondamentaux de la vie humaine et de la civilisation qui ne sont à la disposition ni d’une majorité parlementaire et d’un gouvernement, ni d’un parti politique. C’est pourquoi elle est appelée à s’approfondir en s’étendant à d’autres sujets que l’altérité sexuelle, le mariage et la famille.

Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à l’action politique et se contenter de palabres ou de réflexions intellectuelles, aussi nécessaires et élevées soient-elles. Il ne s’agit pas d’encourir le reproche que Péguy faisait au philosophe Kant : « Il a les mains pures, mais il n’a pas de mains »… C’est pourquoi l’on peut prédire sans grand risque de se tromper que le fruit bien concret du mouvement des Veilleurs est d’ores et déjà une prise de conscience de l’importance de l’engagement politique dans cette jeune génération. Alors que trop souvent leurs parents s’étaient détournés du souci de la cité, préférant s’adonner aux affaires voire même à une certaine spiritualité confortablement désincarnée, ces jeunes découvrent l’urgence de « se bouger », en se formant, certes, mais aussi en prenant très concrètement des responsabilités électives, pour prendre en main leur destin et celui de la nation. Bref s’engager pour le bien commun.

Comment cela pourra-t-il se faire ? Certainement pas de façon univoque : tel(le) préfèrera ou sera conduit par les circonstances à militer au sein d’un parti, tel (le) choisira de ne pas avoir d’étiquette, sinon peut-être celle de la « Manif pour tous », pour se mettre au service d’une collectivité locale. Question de discernement, de capacité, d’occasion favorable. Mais d’ores et déjà, il est clair que l’expérience de ce qui se déroule aujourd’hui dans tout le pays est une source inespérée de renouveau, de dynamisme et d’engagement généreux au rebours de l’individualisme et du consumérisme  dont meurt notre société.

Si tant de Français de toutes générations se sont levés depuis des mois ce n’est pas seulement pour protester contre la loi Taubira parce qu’elle dénature le mariage et désorganise la filiation. Cela va plus loin, plus profond, comme le souligne très justement Gérard Leclerc dans son éditorial du 25 avril de Radio Notre-Dame et de France Catholique : « Refuser la transgression du sens du mariage et la désarticulation de la filiation, c’est bien autre chose que s’opposer à une loi circonstancielle. C’est prendre parti pour une certaine conception de l’homme, qui s’enracine dans les traditions philosophiques et spirituelles les plus fortes. »
Inutile donc de chercher à ravauder la loi qui vient d’être votée. Il faut repartir sur des bases nouvelles pour rebâtir.

C’est pourquoi l’on peut douter que l’idée d’un « pacs amélioré »,  d’une union civile spécialement adaptée aux personnes de même sexe et qui serait sans conséquence pour la filiation soit une réponse proportionnée, ni d’ailleurs juste sur le fond, au défi lancé par le vote de la loi Taubira. Cette proposition que vient de lancer la figure de proue de la Manif pour tous, Friide Bardot, à la surprise, semble-t-il, d’autres représentants de la Manif pour tous, a reçu un refus net et motivé du Parti social chrétien (communiqué du 24 avril). Le PCD voit dans ce contrat d’union une forme déguisée, un « cheval de Troie » du mariage homosexuel. De toute façon, ajoute le PCD, il n’est plus temps d’un ajustement législatif auquel ne voudrait évidemment pas consentir l’actuelle majorité, et qui encourrait, s’agissant de la filiation, une condamnation pour discrimination de la Cour européenne des droits de l’homme. Plutôt que de courir derrière un train, il faut œuvrer  à une refondation en optant pour un véritable « choix de civilisation ».

L’issue de ce débat qui a déjà retenu l’attention des grands medias (3) sera évidemment décisive sur l’ampleur et l’unité des prochaines « Manifs pour tous ».

1)    Ouest-France, 25 avril
2)    Par exemple Jean-Claude Massiou et ses adjoints  à Bandiat (Dordogne)  Xavier Lemoine à Montfermeil (vidéo BFMTV), Philippe Marini (vidéo LCP), Jean-Frédéric Poisson comme maire-adjoint de Rambouillet etc.
3)    Europe 1  parle du « divorce Barjot/Boutin »

Manif Pour Tous : des « veilleurs » qui annoncent l’aurore

Mon éditorial pour Aleteia (22/04/2013)

Quel symbole, ces jeunes manifestantes du mouvement « les veilleurs » tentant d’embrasser les CRS sur le point de les déloger de la Place des Invalides, des heures après la fin de la Manif pour tous, dans la nuit du 21 avril ! Ceux et celles que le gouvernement, la majorité socialiste et très souvent les media tentent de faire passer pour des extrémistes factieux et homophobes – les quotidiens Le Monde et Libération dénonçant systématiquement la prétendue « homophobie » des opposants (1) -, ont le visage pacifique et souriant d’une jeunesse non-violente, du jamais vu dans l’histoire des grands mouvements sociaux qui secouent la France périodiquement.

Cette non-violence s’impose avec une telle évidence que le commentateur du journal télévisé de la chaîne I-télé (une chaîne généralement des plus favorables au « mariage gay ») ne peut que souligner « l’ambiance bon-enfant » de cette nouvelle manifestation, dont l’ampleur a une nouvelle fois surpris alors qu’elle n’était que régionale (naturellement, nombre de commentateurs ont fait semblant d’oublier ce détail, n’hésitant pas à comparer cette manifestation de l’Ile-de-France avec celle du 24 mars qui était nationale, pour faire passer le message que la participation était en baisse !)

Mais l’opinion n’est pas ou n’est plus dupe. Et les images parlent d’elles-mêmes. Celles des « veilleurs », hier soir, par la paix joyeuse qui s’en dégage, sont une arme redoutable, une bombe à retardement pour le gouvernement qui a tout fait pour que la loi Taubira instaurant le mariage homosexuel passe en force à l’Assemblée et soit adoptée demain, mardi 23 mai. On notera que cette séquence du JT d’I-télé (2) se conclut par ce commentaire : « François Hollande est peut-être en train de payer le prix de toutes ces manifestations, il enregistre un nouveau record de mécontents».

Et la présentatrice de citer le sondage Ifop pour le Journal du Dimanche paru ce même jour (3) : « Le président de la République perd six points et tombe à 31% de personnes satisfaites de son action. Jamais au bout de dix mois de présidence, un locataire de l’Elysée n’était tombé aussi bas ». De fait, ajoute le JDD, il « ne bénéficie plus qu’un d’un petit tiers de Français qui lui font encore confiance. Le nombre de personnes très mécontentes progresse de six points preuve d’une radicalisation et de jugement de plus en plus tranché des Français. Un record pour un président depuis 1958, date du premier baromètre Ifop. »

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Forte de sa majorité à l’Assemblée nationale verrouillée par la « discipline de vote », le pouvoir parviendra à faire voter « le mariage pour tous » demain 23 avril. Une loi sur laquelle il sera impossible de revenir, ont souligné avec gravité le député UMP Henri Guaino (devenu une des stars de la Manif Pour Tous en raison de sa détermination et de sa force tranquille) sur BFMTV le 21 avril, et Christine Boutin, présidente du Parti chrétien démocrate (PCD) sur I-télé au matin du 22 avril. Alors, à quoi bon continuer la lutte ? objectent en chœur les interviewers. Réponse : d’abord pour que le Président ne fasse pas appliquer cette loi, qu’il l’abroge au motif qu’elle divise les Français, comme la Constitution lui en donne le pouvoir. Qu’il le fasse avant qu’il soit trop tard, qu’il prenne la mesure de l’exaspération de l’opinion ! Ensuite, parce que le mouvement qui s’est levé ne se couchera plus ! 80% des personnes interrogées par Le Figaro au lendemain de cette dernière manifestation se disent convaincues que « la mobilisation se maintiendra après le vote » (4) !

C’est un mouvement profond, d’écologie humaine, qui récuse totalement la dérive libérale-libertaire issue de mai 68 dont trop de responsables politiques et de meneurs d’opinion, notamment de journalistes, sont les héritiers et les propagandistes. En annonçant que la Manif pour tous présenterait des candidats aux prochaines élections municipales, Frigide Barjot a esquissé une stratégie de longue haleine dont ce printemps inouï, sorte de « mai 68 à l’envers », livre les prémices. Indubitablement, le mois de mai sera chaud…Il faut tout mettre en œuvre pour qu’il soit, au sens fort, édifiant.

1. Témoin cette « une » de Libération
2. Vidéo I-Télé du 21/04/2013
3. Sondage Ifop/JDD du 21/04/2013
4. Le Figaro.fr 21/04 :2013

Après la Manif Pour Tous : Ce qui est né le 24 mars

 

Ce fut un grand moment, empreint de ferveur bon enfant mais, plus que jamais, de détermination. Ayant participé le dimanche 24 mars à la « Manif pour tous » contre la légalisation du « mariage homosexuel », je puis témoigner, comme des centaines de milliers de manifestants de tous âges et conditions venus des quatre coins de la France (certains donc au prix d’une nuit entière passée dans un car), de l’excellente ambiance qui a régné de bout en bout, à l’aller comme au départ, sur l’avenue de la Grande Armée. Bien loin – psychologiquement et physiquement- des quelques échauffourées avec la police pointées par certains medias comme étant « l’évènement de la journée »,  évènement dont l’immense majorité des manifestants n’aura pris connaissance qu’en écoutant ou regardant les bulletins d’information.

1 400 000 manifestants selon les organisateurs…300 000 selon la police. La Préfecture a tenté de réitérer l’intoxication déjà tentée le 13 janvier, mais avec moins de succès encore. Il est vrai que cette fois,  les autorités avaient pris le risque de prédire deux jours plus tôt le chiffre ridicule de 100 000 manifestants pour les décourager d’avance, ce qui donna au contraire un dernier coup de fouet aux énergies ! Devant le raz-de-marée de ce dimanche, les compteurs officiels ont donc tenté de rattraper leur gaffe en multipliant en catastrophe ce premier chiffre par trois, tout en ayant soin qu’il reste inférieur à celui qu’ils avaient annoncé après la manifestation de janvier… Tout cela pour aboutir à un décalage encore plus criant puisque le record de la manifestation nationale du 13 janvier a été  largement battu par celle du 24 mars.

Disons-le franchement : personne ne s’attendait à une telle affluence, pas même les organisateurs qui redoutaient la lassitude et l’épuisement de leurs troupes, tout en bataillant jusqu’au bout avec les autorités pour convenir in extremis d’un itinéraire acceptable. Résultat : après que les manifestants eurent rempli toute l’avenue de la Grande Armée et l’avenue Charles de Gaulle qui la prolonge à Neuilly, il fallut ouvrir les avenues adjacentes Foch et Carnot dès 14h30 pour contenir la foule qui continuait d’affluer.

Quatre heures d’immobilité dans le froid et le vent : une rude épreuve pour ces familles dont nombre étaient déjà éprouvées par un long voyage nocturne. Fallait-il qu’elles soient déterminées pour tenir dans la bonne humeur, alors qu’elles savaient pertinemment qui leur avait imposé cette immobilité en refusant les Champs-Elysées et même la Place de l’Etoile à la Manif pour Tous !

Maintenant, quelles seront les suites ? La semaine qui s’ouvre sera marquée, jeudi, par le discours télévisé du Président de la République, plus que jamais en berne dans les sondages. Aura-t-il seulement un mot à l’intention des manifestants de dimanche ? Puis, il y aura, dès le 4 avril,  l’examen de la loi par le Sénat qui pourrait, dans un sursaut de lucidité, la retoquer. Sinon, il restera le recours devant le Conseil constitutionnel. Mais à supposer qu’aucun de ces verrous ne fonctionne, l’acquis essentiel de la manifestation de dimanche dernier ne saurait être remis en cause : le mouvement a en effet « cristallisé », autrement dit pris une consistance qui l’installe dans la durée dans tout le pays. Au-delà des clivages politiques ou confessionnels, des millions de citoyens ont pris conscience de l’enjeu humain fondamental (l’altérité, la filiation) remis en cause par le « mariage gay ». Et ceux qui leur ont ouvert les yeux ou qui, du moins, les ont aidés à le faire, sont conscients du vaste chantier d’écologie humaine qui s’ouvre désormais au-delà des partis politiques et même des appartenances religieuses ou confessionnelles.

Le temps de la relève de partis politiques à bout de souffle et de l’opposition largement artificielle entre « la droite » et « la gauche » est venu : c’est avec le concours de tous les hommes de « bonne volonté », et – dirions-nous à Aleteia- de tous « les chercheurs de vérité », qu’il faut renouer avec une réflexion en profondeur et une action de longue haleine en faveur des fondamentaux humains et des principes qui constituent le socle de notre civilisation : le respect de la vie de la conception à la mort, l’intégrité inviolable de l’embryon humain, la reconnaissance de l’altérité sexuelle comme fondatrice de notre humanité, le droit de tout enfant à avoir un père et une mère, l’attention aux plus démunis, le respect et le service de toute personne humaine quels que soient sa condition et son état. C’est ce que propose tout particulièrement l’un des artisans de la ManifPourTous, Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance Vita, avec sa nouvelle initiative pour l’Ecologie humaine http://www.ecologiehumaine.eu/ dont nous saluons la naissance et dont nous suivrons ici-même les travaux avec la plus grande attention.

 

Nous avons un père !

François, le pape du bout du monde

Mon éditorial pour Aleteteia.org

« Frères et sœurs, bonsoir ! » Rien de plus simple que les premiers mots du nouvel évêque de Rome que ses frères cardinaux sont allés chercher, a-t-il ajouté aussitôt, « au bout du monde ». Et d’inviter aussitôt la foule des fidèles à prier avec lui pour son prédécesseur, « notre évêque émérite Benoît XVI » (le « grand-père » en somme !), avec les deux prières les plus familières à tous les catholiques du monde entier : le Notre-Père, l’Ave Maria…La prière d’un père de famille avec les siens.

C’est avant tout cela un pape : un père. Un père, pas un « pater familias » à la mode antique, impérieux et dominateur, ni un monarque éclipsant ses pairs évêques mais l’un d’eux, premier d’entre eux en tant qu’évêque de Rome. Un père qui est aussi un frère mendiant la prière de tous les siens, et qui s’incline devant la foule, obtenant aussitôt un silence impressionnant.

Un homme simple, direct, dépouillé de tout « ego ». Un homme se voulant totalement donné, au Christ d’abord, à ses frères et sœurs ensuite, comme l’indique son choix sans précédent de se nommer François. Le jésuite Jorge Mario Bergoglio a donc pris pour saint patron le fondateur des franciscains. Le symbole est évident : le « Poverello » a réformé l’Eglise en se dépouillant de toutes ses richesses jusqu’au don total de sa personne pour s’identifier à la personne du Christ dont il reçut les stigmates. L’abandon total à Dieu,  voilà comment le pape François veut réformer l’Eglise, voilà le programme du prochain pontificat.

Ce dépouillement volontaire n’est pas un vide, le rêve irénique d’une sorte d’apesanteur. Qu’on ne s’y trompe pas, ce doux pape est aussi un jésuite, un soldat, un combattant. Il l’a prouvé de multiples façons chez lui, en Argentine : en prenant le parti des plus pauvres d’entre les pauvres, le peuple des favelas, face au pouvoir, aux puissants et aux narcotrafiquants, mais aussi en se dressant vigoureusement contre les mesures libertaires d’un gouvernement idéologiquement très proche du nôtre, en France. Son opposition à l’avortement, à l’euthanasie, au « mariage gay » est sans concession.

Voici donc venu le moment du grand combat. Combat spirituel, combat divin et humain « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Comme ses prédécesseurs, en se revêtant de l’habit blanc (la couleur du deuil en Orient) dans la « chambre des larmes » avant de se présenter à l’acclamation de la foule, le pape François le savait bien : c’était à  l’allégresse du dimanche des Rameaux qu’il allait s’exposer Place Saint-Pierre. Bientôt suivraient la Passion, le scandale et la folie de la Croix, sans laquelle ne saurait advenir la Pâque, la victoire de l’Amour.

 

Nouvelle évangélisation : « Au diable la tiédeur ! »

Un nouveau livre décapant du Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, un apôtre aussi convainquant à l’écrit qu’à l’oral…

Il secoue, réveille, dérange… Le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, ordonné à près de 40 ans après une carrière de chanteur, curé de la paroisse Saint-Vincent de Paul dite « des Réformés », un quartier populaire de Marseille, vient de publier « Au diable la tiédeur ! » (Robert Laffont, 190 p., 14,90€), un livre de feu dont aucun chrétien, clerc ou laïc, ne sort indemne ! Mais cette apostrophe, l’auteur se l’adresse à lui-même. Car ce n’est pas la société qu’il faut mettre en accusation pour expliquer la crise de foi et de civilisation que nous  traversons mais d’abord et avant tout nous-mêmes, chacun de nous, croyants pratiquants (4% de la population en France…où l’on compte aussi le nombre d’ordinations sacerdotales le plus bas depuis la Révolution.) Manifestement, il y a quelque chose à revoir, du côté du sacerdoce d’abord, du laïcat ensuite, si nous voulons évangéliser et tout simplement vivre en disciples du Christ. Pour le Père Zanotti-Sorkine, il est indispensable et urgent : 1°) que le prêtre ose reprendre sa place dans le champ social en témoin de l’amour de Dieu ; 2°) que nos liturgies redonnent toute sa place à la beauté pour refléter la splendeur divine (50% des catholiques de France ne croiraient plus à la présence réelle du Christ dans l’eucharistie) ; 3°) que les personnes soient accueillies inconditionnellement dans l’Eglise sans se heurter à des barrages décourageants (par exemple pour accéder au baptême ou pour se confesser) ; 4°) que les laïcs aient vraiment le souci de rejoindre leurs prochains pour les attirer au Christ dans tous leurs lieux de travail et de rencontres ; 5°) que tous enfin, prêtres ou laïcs, ne mettent pas d’obstacle à l’évangélisation telle que celui qui empêcherait un chrétien d’annoncer le Christ à un musulman, comme si Jésus avait dit : « Allez par le monde entier, de toutes les nations faites des disciples…sauf .. ! ». Un message répété avec la chaleur et la conviction qui le caractérisent, dans une mémorable soirée de  dédicace à la librairie de la grande Procure, rue de Mézières, à Paris, le 29 novembre 2012. A regarder et à diffuser sans modération !

http://www.youtube.com/watch?v=BnryjL8PQ3g

(Autres liens : deux interviews récentes du Père Zanotti-Sorkine :

-sur son parcours, sur RCF émission « Visages » avec Thierry Lyonnet, 17 Octobre 2012 http://podcast.rcf.fr/emission/143216/419223

-sur son livre, dans Le Figaro http://www.lefigaro.fr/livres/2012/10/11/03005-20121011ARTFIG00419-le-pere-zanotti-un-cure-qui-ne-mache-pas-ses-mots.php)

Pourquoi s’opposer au « mariage gay » ?

Parce que le pouvoir politique n’a pas le droit de redéfinir le mariage en le déconnectant de l’altérité sexuelle qui est à la source même de l’humanité.

Le mariage est l’institution immémoriale reconnaissant et encadrant l’engagement stable d’un homme et d’une femme pour fonder une famille. Étendre le mariage à deux personnes de même sexe reviendrait à imposer l’indifférence sexuelle comme une nouvelle norme alors que l’altérité est au principe de la vie humaine et de la société. Ce serait une injustice majeure au regard du bien commun et du bien de chacun, notamment des enfants : de quel droit imposerait-on à certains enfants deux pères ou deux mères ?  (Lire la suite…)

Le Pape au Liban : Un appel qui nous concerne aussi

Quel contraste à quelques jours d’intervalle ! D’un côté, celui de la société occidentale libertaire, des provocations à répétition émanant d’irresponsables avides de publicité et d’argent, de l’autre, celui de l’Eglise, un messager de la paix payant de sa personne pour inviter chacun au dialogue et à la réconciliation en toute vérité.

Ce sont d’abord, certes, les chrétiens du Liban que Benoît XVI est venu visiter et réconforter en leur remettant l’exhortation post-synodale « Ecclesia in Medio oriente », pour soutenir leur foi et leur communion : « Un père se doit d’être près de ses enfants lorsqu’ils rencontrent de graves problèmes », a-t-il commenté en revenant sur son voyage lors de l’Audience générale du 19 septembre. Mais le Liban, a rappelé le Pape, est dans sa complexité une preuve vivante de la possibilité d’une coexistence pacifique quoique toujours fragile.  Les nombreux conflits et souffrances qui affligent le Moyen-Orient -notamment les atroces guerres civiles en Syrie et en Irak- montrent chaque jour les fruits amers de l’incompréhension et de la haine. A contrario, a également souligné le pape : « Durant ma visite, les catholiques, les représentants des autres Églises et des Communautés musulmanes du Liban et du Moyen-Orient ont vécu une expérience de respect réciproque, de compréhension et de fraternité. »

Dans une région en pleine ébullition, et dans un pays exceptionnel par son patchwork confessionnel, le pape a donc réussi l’exploit d’un sans-faute que tous les diplomates pourraient lui envier. Quand donc les grands medias occidentaux accorderont-ils la place qu’elle mérite à une visite apostolique aussi réussie ? Au cours de ces trois jours passés au Pays du Cèdre, n’y avait-il pas dans les rencontres, célébrations et discours d’un homme qui « subjugue par la clarté de sa pensé » (« L’Orient Le jour »), matière à méditer sur les facteurs de la paix véritable ? « Pensées de paix, paroles de paix et gestes de paix créent une atmosphère de respect, d’honnêteté et de cordialité, où les fautes et les offenses peuvent être reconnues en vérité pour avancer ensemble vers la réconciliation. Que les hommes d’État et les responsables religieux y réfléchissent ! » avait relevé lui-même Benoît XVI, le 15 septembre, au palais présidentiel de Baabda. C’est en appelant à une «  transformation en profondeur des esprits et des cœurs (…) pour retrouver une certaine clairvoyance et une certaine impartialité, le sens profond de la justice et celui du bien commun » a-t-il ajouté le lendemain, que l’on parvient à instaurer une relation véritablement humaine puisque fondée sur le socle anthropologique le plus fondamental.
Voilà un programme tout tracé pour nous aussi, catholiques occidentaux, confrontés aux plus grands défis par la désagrégation de notre société. Qu’il s’agisse de la montée du matérialisme athée libertaire et de l’hostilité au christianisme, de la fuite en avant dans la déshumanisation que représentent les prétendues « avancées » légales à venir sur le mariage et le respect de la vie commençante et finissante, de la place de l’islam au sein d’une société qui court après sa « laïcité », ou de notre modèle économique qui menace ruine, c’est en nous attachant à reconnaître où est « l’indispensable » que nous jouerons notre rôle de « sel de la terre » et de « lumière du monde ». Le message du Pape aux fidèles du Liban : – retrouvez « la sève des origines », « comprenez que si vous souffrez, ce n’est pas vain », « je vous invite à avoir de l’audace à cause du Christ », vaut aussi pour les chrétiens d’Occident contraints par l’adversité à rendre compte de leurs convictions et leur espérance. Il est plus que temps d’en prendre conscience, de laisser tomber les querelles de « sensibilité » et de chapelles, et de consentir aux sacrifices nécessaires pour rendre témoignage à la vérité tout entière, sans jamais oublier la vérité de l’amour sans lequel tout le reste est vain.

 

« Mariage homosexuel » : L’Eglise résiste et argumente

En France comme dans des pays toujours plus nombreux à travers le monde, l’Eglise est entrée en résistance pour défendre le mariage comme ne pouvant être que l’union d’un homme et d’une femme. Bien qu’anodine en apparence (il s’agissait notamment de prier pour que les enfants «bénéficient pleinement de l’amour d’un père et d’une mère»), la prière universelle proposée à tous les diocèses de France par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, à l’occasion de la fête de l’Assomption, a suscité une vive polémique initiée par le lobby LGTB (« lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres »), le Parti radical de gauche et une association familiale proche des francs-maçons du Grand Orient. La principale critique faite à l’Eglise a consisté à l’accuser de sortir de son rôle en intervenant dans le débat public. Ainsi les catholiques seraient les seuls à ne pouvoir faire entendre leurs voix sur une question anthropologique fondamentale qui engage l’avenir de toute la société !

Faisant le point sur cette polémique le 7 septembre, lors de leur premier « Grand débat » de la rentrée sur Radio Notre-Dame (http://radionotredame.net/vie-de-leglise/le-grand-debat/), le journaliste et écrivain catholique Patrice de Plunkett, l’éditeur et intellectuel orthodoxe Victor Loupan et le journaliste et essayiste protestant Eric Lindell ont constaté à cette occasion que l’Eglise n’avait pas « raté sa rentrée » (Eric Lindell). En fait, les accusations dont elle a été l’objet, bien malgré elle, lui auront plutôt servi, tant il est apparu qu’on cherchait à la faire taire sur un sujet essentiel pour lequel elle bénéficie des millénaires de la tradition judéo-chrétienne sur la sexualité et le mariage. Une sagesse face à laquelle les arguments du gouvernement au premier rang desquels la « non-discrimination » paraissent bien faibles ! Quant à la fameuse « laïcité » française, a souligné pour sa part Victor Loupan, plus personne ne sait en quoi elle consiste : l’arrivée massive de l’islam en France et les accommodements auxquels cette situation contraint les autorités ont achevé de lui faire perdre toute signification.

Le bilan est donc positif, a souligné Patrice de Plunkett, chaque occasion d’engager le débat et d’expliquer la position de l’Eglise à des journalistes (comme lui-même l’a fait à Paris le 15 août à l’occasion des processions de l’Assomption) a démontré que la situation n’était pas aussi « verrouillée » que certaines annonces médiatiques pouvaient le laisser croire. Les interventions de l’archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin, dans différents journaux et sur des chaînes de radio et de télévision, toujours à l’occasion de cette prière du 15 août, auront également marqué les esprits par leur clarté et leur fermeté : « Oui, l’heure est grave, confiait notamment le cardinal au Figaro le 13 août. C’est une rupture de civilisation… ».  « Vous jouez avec le feu » ! a renchéri le cardinal à l’intention des législateurs lors de l’émission «Le Grand Témoin » de Radio Notre-Dame le 12 septembre : « Dans toutes les sociétés du monde, le mariage, c’est entre un homme et une femme. Qui êtes-vous pour changer cela ? ». Et d’expliquer : toucher à ce lieu majeur de la construction de la société, son socle fondamental, va déstabiliser l’ensemble de la société.Dans ce domaine moral et politique comme dans beaucoup d’autres (bioéthique, économie), la parole de l’Eglise frappe par sa cohérence et sa pénétration pour peu qu’on lui permette de s’exprimer.

Il est d’ailleurs frappant de constater la profonde unité de vue qui se dégage des dernières interventions de pasteurs de l’Eglise confrontés au même problème de la revendication du « mariage homosexuel » à travers le monde. Un exemple récent nous vient d’Australie avec l’intervention très complète et argumentée de Mgr Anthony Fisher op, évêque de Parramatta au Forum St Tomas More, le 6 septembre sur « La vérité, le mariage et la liberté religieuse » (http://www.abc.net.au/religion/articles/2012/09/06/3584323.htm) Y aurait-il donc une compréhension du mariage propre aux chrétiens ? s’interroge à cette occasion Mgr Fisher. « Non et oui, répond-il. Non parce que le mariage est une institution naturelle reconnue par toutes les religions, les cultures et les sociétés au cours des millénaires et nullement un monopole de ceux qui croient au Christ et à la révélation judéo-chrétienne. Mais oui, en ce sens que les chrétiens ont une relation particulière à l’égard du mariage qui rend ce débat particulièrement important pour nous. » C’est en effet tout le sens de la création de l’homme et de la femme, de leur union indissoluble, et au-delà, de l’alliance de l’humanité avec Dieu qui est en cause dans le sacrement du mariage. Rien d’étonnant donc si depuis saint Jean-Baptiste, en passant par les saints John Fisher et Thomas More et tant d’autres jusqu’à nos jours, tant de martyrs ont donné leur vie (ou leur réputation, ou leur carrière) pour ne pas pactiser avec ceux qui voulaient dénaturer le mariage pour leur convenance personnelle et/ou politique. Les gouvernants qui entreprennent aujourd’hui la même démarche seraient avisés de se souvenir que l’Eglise ne pourra jamais se résigner à une telle transgression.

L’Eglise et la sexualité : réponse à René Poujol

Par Philippe Oswald
Ancien directeur de la rédaction de Famille Chrétienne


« Vision d’un autre âge » : c’est l’argument massue que brandit René Poujol, l’ancien directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Pèlerin, pour confier son peu d’estime pour la doctrine  catholique sur la sexualité, dans un article intitulé « Sexualité : Et Dieu vit que cela était bon » publié sur le site Chrétiens de gauche (22 août).  Paradoxalement, René Poujol assure que « l’enseignement de l’Eglise en matière de sexualité n’intéresse plus grand monde ». A quoi bon, dès lors, cette charge ?  Tout montre au contraire qu’une certaine obsession contemporaine de la sexualité se focalise sur le discours prêté à l’Eglise (il suffit pour s’en convaincre d’entendre ce qui s’en dit à longueur d’émissions ou d’assister aux tristes mascarades anticatholiques d’une « gay pride »).

Malheureusement, René Poujol n’échappe pas à ces caricatures en ramenant la vision catholique de la sexualité à -je cite- « des questions de braguette » ! Les femmes apprécieront. L’une d’elles, notre consœur journaliste Natalia Trouiller,  a d’ailleurs fort bien répondu à René Poujol dans un texte publié sur son blog Nystagmus et sur le site Rue 89 : « Ce que propose l’Eglise comble ma sexualité » (23/08). Un beau témoignage qui rend justice à la vérité, à la beauté et au profond réalisme de l’enseignement de l’Eglise sur la vie conjugale.
Après cette excellente mise au point de ma consœur, je me bornerai à souligner ici ce qui me paraît être la faille principale quoique cachée des propos de René Poujol : l’impasse totale sur la notion d’ «alliance », notion clé pour comprendre la vision chrétienne ou plutôt judéo-chrétienne puisqu’elle est d’abord  biblique,  de la sexualité et du mariage. 

L’alliance est constamment présente dans la Bible : c’est d’abord  l’alliance entre Dieu -le Tout Autre - et sa créature humaine ; c’est ensuite, l’alliance entre l’homme et la femme, de même nature et pourtant « autres » eux aussi, « séparés » par leur sexe (c’est le sens même du verbe « secare » qui a donné sexe). Soulignons ce point face à l’idéologie du « gender » : la différence sexuelle est une donnée fondatrice de l’humanité.

L’Ancien Testament s’ouvre avec la Genèse par la création de l’homme et de la femme (« ich » et « icha ») : semblables et différents, et ainsi complémentaires. La femme est donnée à l’homme par le Créateur comme «l’os de ses os et la chair de sa chair» pour que tous deux deviennent « une seule chair» (Gn.2, 24) sans que rien ne s’interpose dans leur union.

Chef-d’œuvre de Dieu, l’amour d’un homme et d’une femme est ce qui exprime le mieux la relation que Dieu veut avoir avec 1’humanité. C’est pourquoi, dans l’Ancien Testament, les prophètes se servent de cette réalité créée, révélée et expérimentée de l’amour conjugal pour décrire l’amour de Dieu envers Israël. Pour le christianisme, c’est par sa ressemblance et plus encore, sa participation à l’amour trinitaire, que l’amour entre un homme et une femme est une aspiration essentielle du cœur humain, qui ne supporte pas l’infidélité.

Dès la Genèse, la fin de l’union d’Adam et Eve est double : la procréation, certes : « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre» (Gen. l, 28b), mais aussi le soutien mutueldes époux dans l’amour : «Il n’est pas bon que l’homme soit seul» (Gen. 2, 18a). L’Eglise, n’en déplaise à René Poujol, est dans la droite ligne de cette révélation biblique en affirmant la complémentarité de ces deux finalités. Même lorsque la première, la fécondité, ne peut pas concrètement se réaliser de façon temporaire ou permanente, l’union reste ordonnée à la vie. C’est la raison pour laquelle il est parfaitement licite pour des époux chrétiens de s’unir au cours des périodes infécondes, contrairement à ce qu’affirme Poujol selon lequel l’Eglise n’admettrait la sexualité que pour une « finalité reproductrice immédiate ». C’est à se demander si notre confrère a réellement pris connaissance de l’enseignement du bienheureux Jean Paul II sur l’amour conjugal et l’union sexuelle (« le langage le plus fort qu’un homme et une femme puissent se dire l’un à l’autre» disait-il aux jeunes français en 1980).

S’agissant de l’indissolubilité conjugale, impossible d’ignorer l’enseignement de Jésus face à ceux qui, déjà, la jugeaient intenable : « N’avez-vous pas lu l’Écriture ? Au commencement, le Créateur les fit homme et femme, et il leur dit : ‘Voilà pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.’ (Gn 2,24).
A cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (cf Mt., 19, 3-8)

On sait le développement lumineux que saint Paul donnera dans l’épître aux Ephésiens de cet enseignement du Seigneur Jésus définitivement scellé par son sacrifice sur la Croix : c’est l’amour fidèle du Christ, l’époux par excellence, envers l’Église, qui fonde le devoir d’amour de l’homme envers sa femme et réciproquement : «Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église» (Éph. 5, v. 25) ; « Aimer sa femme, c’est s’aimer soi-même. » (v.27). Et l’Apôtre des nations ajoute un peu plus loin : « Il y a là un grand mystère» (v.32)  (« mysterion » en grec, mot que les latins traduiront par « sacramentum » : sacrement.)

Depuis deux mille ans, l’Église affirme le mariage sacrement, alliance exclusive et indissoluble entre un homme et une femme tant que l’un et l’autre sont en vie, union scellée par le sacrifice du Christ.  Elle le soutient et le défend contre vents et marées, y compris jusqu’au martyre, celui de saint Jean-Baptiste, de saint Thomas More et de tant d’autres témoins passés, présents et à venir ! Pour quelle raison l’Eglise démissionnerait-elle aujourd’hui devant ce que René Poujol appelle « la morale communément admise », c’est-à-dire à géométrie variable ? Peut-on prétendre sérieusement qu’elle chercherait à imposer « sa morale de survie » (sic) comme l’en accuse Poujol,  peu après avoir affirmé que tout le monde s’en fichait ? L’Eglise serait évidemment en peine d’imposer quoi que ce soit et n’a pas à le faire, mais à témoigner à temps et à contretemps, à l’exemple et à la suite du Christ. C’est pour restaurer l’alliance entre Dieu et l’humanité que le Seigneur a donné sa vie, non pour une quelconque morale. Mais René Poujol dirait-il du Christ ce qu’il dit de ses prêtres, à savoir qu’ayant fait le choix de la continence, Il serait mal placé pour parler de l’union conjugale ?

Pitié pour les enfants du XXIe siècle !

Mon éditorial pour le site Liberté Politique (22/08/2012)

Quand nos descendants liront l’histoire du XXIe siècle, ou du moins de ses premières décennies, ils éprouveront sans doute le même effarement qui nous a saisis au collège quand nous avons été instruits du sort des enfants dans la Grèce et la Rome antiques. Avant d’être humanisés par la révolution judéo-chrétienne, ces berceaux de notre civilisation  se montrèrent en effet de la dernière cruauté envers l’enfant dont la vie ou la mort dépendait finalement du « projet parental » de son père : légitimé, il avait le droit de vivre et d’être éduqué ; non reconnu, il pouvait être purement et simplement étouffé ou « exposé »  sur la voie publique, à la merci des chiens. Cette pratique barbare eut cours à des degrés divers jusqu’au IVe siècle où l’Empire, devenu chrétien, la proscrivit absolument.

En faisant peser sur le sort de l’enfant nos désirs, nos peurs, nos fantasmes ou nos caprices d’adultes, nous ne sommes pas très loin de cette barbarie. Oh, certes, nous n’exposons pas certains nouveau-nés aux dents des bêtes, mais nous en éliminons infiniment plus dans les centres aseptisés d’avortement (un pour quatre naissances, au moins) et ailleurs. Ceux qui sont jugés dignes de vivre parce que conformes à notre « projet parental » ne sont pas pour autant assurés de trouver dans une famille la sécurité et la stabilité nécessaires à une croissance physique et affective harmonieuse. La désaffection pour le mariage, sa fragilité croissante, l’explosion des unions dites « libres » et des familles « monoparentales » réduisent d’année en année les chances pour un enfant d’être élevé par son père et sa mère jusqu’à son entrée dans l’âge adulte. Ce qui accroît évidemment les risques de troubles du comportement que connaissent bien les éducateurs, et a fortiori les psychologues et les psychiatres qui ne sont plus légion à défendre le mythe du divorce heureux.

Mais cette fragilisation reconnue des familles et leurs innombrables conséquences sociales -la plus évidente étant la pauvreté pour la quasi-totalité des familles monoparentales- n’empêche pas la machine libertaire de continuer sa marche inexorable puisque c’est la toute-puissance de l’Etat qui la conduit. En se préparant à légaliser le « mariage » homosexuel, le gouvernement consent à la pire des injustices : priver des enfants de ce repère essentiel qu’est l’altérité sexuelle de ses parents naturels ou adoptifs. Il encourage aussi l’effarante exploitation commerciale des mères porteuses, digne des temps de l’esclavage. Il poursuit tête baissée la course à la déshumanisation puisque l’humanité ne peut exister, se perpétuer ni se concevoir sans cette différence inscrite à l’intime de tout être humain : la masculinité et la féminité.

Les conséquences d’une telle dérive sont à la fois prévisibles par leurs effets déstructurants et incalculables par leur ampleur. Il en va de même pour la légalisation de l’euthanasie, autre boîte de Pandore d’où ne peut sortir qu’un monstre arriéré : celui du mépris pour la vie humaine caractéristique du paganisme. Les effets seront même pires que ceux de jadis puisque selon le mot de Chesterton, « c’est un signe des temps que l’art d’être païen avec naturel se soit perdu chez nous depuis deux mille ans » (il suffit d’assister au triste défilé d’une « gay pride » pour s’en convaincre). Une société « postchrétienne » ne parvient pas à oublier totalement qu’elle fut chrétienne : d’où l’agressivité de son paganisme contre tout ce qui porte le signe de la Croix.

Dans ces conditions, me direz-vous, à quoi bon prendre des coups ? Le combat n’est-il pas perdu d’avance ?  C’est possible, probable même à court terme. Mais comment pourrions-nous nous taire et nous résigner devant ce gâchis programmé ? D’ailleurs les premiers chrétiens non plus n’avaient aucune chance, beaucoup moins que nous, à vrai dire, trop oublieux du chemin parcouru par le christianisme, première religion du monde ! Et pourtant la victoire est venue au temps fixé par Dieu.

Etats-Unis. Le grand combat de l’Eglise catholique pour la liberté

C’est une bataille sans précédent dans l’histoire des Etats-Unis qui oppose depuis un an l’Eglise catholique -évêques en tête-  à l’administration Obama. En cause : la liberté religieuse, fondement de la Constitution américaine, mise à mal par la réforme du système de santé.

Par Philippe Oswald

« Il faut se préparer à vivre des temps difficiles ! » Dans une lettre à ses frères dans l’épiscopat (6 mars 2012), le cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York et président de la conférence épiscopale, avait donné le la. Quelques semaines plus tard, le 12 avril, les évêques des Etats-Unis adressaient aux fidèles une « déclaration sur la liberté religieuse » les exhortant à « résister aux lois injustes ». En cause, la réforme de l’assurance maladie par l’administration Obama (réforme dite « ObamaCare »). Bien sûr, les évêques ne s’opposent pas au principe d’une assurance santé universelle dont bénéficieraient les plus pauvres, mais à l’obligation qui lui est liée de financer toute la panoplie anti-vie contemporaine : contraception, stérilisation, avortement. Et cela par l’intermédiaire d’un mandat du Département fédéral de la santé et des services sociaux (HHS Mandate), qui « force les Eglises à agir contre ce qu’elles enseignent » en obligeant les institutions catholiques à payer pour ces services, tout en prétendant « les reléguer dans les sacristies » (Mgr Lori, archevêque de Baltimore).

Cette bataille pour la liberté de conscience et de religion (garantie par le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis) connaît des hauts et des bas. Après l’échec à trois voix près d’une contre-offensive au Sénat (1er mars), l’ampleur de la manifestation organisée par les catholiques, le 23 mars dans les principales villes du pays, a paru ébranler Barack Obama. Mais le 28 juin, rude déconvenue pour les opposants : un jugement de la Cour suprême légitimait l’ObamaCare en  rejetant par cinq voix contre quatre (dont celle du président de la cour, pourtant catholique) le recours déposé par 26 Etats (il est vrai que  l’angle d’attaque n’était pas le même que celui de l’épiscopat). Heureusement, cet échec symbolique fut suivi le mois suivant d’un succès inattendu.

Cette contre-offensive victorieuse n’a pas surgi de l’avalanche de recours déposés par une cinquantaine de  diocèses, universités, hôpitaux et organisations catholiques pour que ne soit pas violé leur engagement fondamental en faveur de la vie, mais d’une entreprise familiale de …chauffage, ventilation et climatisation, Hercules Industries, propriété d’une famille catholique de Denver (Colorado). L’entreprise a obtenu le 27 juillet le premier jugement d’un tribunal fédéral statuant que le HHS Mandate applicable dès le 1er août était attentatoire à la liberté religieuse et donc anticonstitutionnel. Sans ce jugement, elle aurait été contrainte  pour renouveler les contrats d’assurance santé de ses employés de payer la couverture de la contraception, de la pilule abortive et de la stérilisation (sauf à crouler sous les amendes -près de 10 millions de dollars par an !). Le juge du tribunal de district du Colorado a conclu que le gouvernement fédéral avait bafoué le « libre exercice de la religion ».

La conférence épiscopale américaine a aussitôt salué cette « victoire ». Elle avait été précédée par la « Quinzaine pour la Liberté » (« Fortnight for Freedom ») , une intense campagne de mobilisation et de prière lancée par les évêques dans tous les États-Unis, du 21 juin (fête des martyrs John Fisher et Thomas More, tout un symbole !) au 4 juillet (fête nationale des Etats-Unis). La menace qui pèse sur la liberté religieuse pourrait ne laisser comme recours que la désobéissance civile, expliquaient les évêques  dans un texte intitulé « Protéger les consciences »  reproduit dans tous les bulletins diocésains et paroissiaux du pays : « Des lois injustes imposent de telles injustices aux individus et aux organisations que leur désobéir peut être justifié. Tout doit être tenté pour les abolir. Quand les biens fondamentaux de l’homme, tel le droit à la conscience, sont en jeu, nous pourrons être amenés à témoigner de la vérité en résistant à la loi et en en assumant les sanctions ».

Lors de l’Assemblée plénière de l’épiscopat, début juin, le nouveau nonce apostolique à Washington D.C., Mgr Carlo Vigano, avait assuré les évêques, au nom du pape, de son « soutien total » alors que «  l’Église catholique aux États-Unis affronte un moment de défi particulier dans son histoire ». Moment « délicat », également, car il s’agit pour l’épiscopat de défendre la liberté religieuse sans prendre parti dans le débat électoral entre le « démocrate » Obama et le « républicain » Romney (celui-ci, mormon, s’est adjoint un vice-président catholique, Paul Ryan, dont le programme économique, très libéral, est loin de faire l’unanimité chez les catholiques).

La détermination de l’épiscopat catholique s’est encore manifestée au mois d’août dans une lettre du Cardinal Daniel N. DiNardo, archevêque de Galveston-Houston et président du comité Pro-life des évêques américains, aux membres du Congrès : « L’importance fondamentale de la liberté religieuse en jeu exige une réponse rapide du Congrès », écrit le cardinal en s’étonnant de la passivité des élus face à « une politique coercitive ». Le temps presse, car de nombreux établissements catholiques se sont lancés dans des recours ruineux contre l’application du mandat fédéral. De toute façon, a averti pour sa part l’archevêque de Philadelphie, Mgr Chaput, «si nous ne sommes pas capables de convaincre les tribunaux, certains d’entre nous réagiront d’une manière fidèle à nos enseignements plutôt qu’en fonction de ce que les  tribunaux nous diront de faire ! » Autrement dit, par la désobéissance civile.

Cette longue bataille contre « la répression religieuse » (Mgr Lori)  est suivie de très près partout dans le monde où l’Eglise se trouve confrontée à des oppositions éthiques majeures sur l’identité de l’homme, le mariage et le respect de la vie. Le pape Benoît XVI, qui n’a pas ménagé ses conseils et ses encouragements aux évêques américains (ce qui lui vaut une popularité record aux Etats-Unis), a une nouvelle fois évoqué « ces nouvelles menaces d’une gravité sans précédent qui pèsent sur la liberté de l’Eglise et le témoignage moral public » dans un messager adressé aux Chevaliers de Colomb, organisation caritative de laïcs américains, au début du mois d’août.

 

Sources : Zénith, Americatho, le blog de Sandro Magister / Vatican News

 

Evangélisation : « Aleteia » relève le défi d’Internet

Evènement à Rome le 20 septembre, en avant-première de l’Année de la foi et du Synode des évêques pour la nouvelle évangélisation : le grand projet d’évangélisation « Aleteia » (du grec Aletheia « vérité ») -un réseau catholique d’échanges et de réponses sur la foi-  sera présenté et lancé publiquement sous les auspices du Conseil Pontifical pour les Communications Sociales et du Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation.

Il s’agit d’une vaste entreprise d’évangélisation par internet destinée à répondre aux nouveaux défis de la révolution digitale. Internet rassemble 2 milliards d’utilisateurs jusque dans des pays fermés. L’Eglise doit adapter sa communication, à commencer par l’annonce de l’Evangile à ce « forum mondial » qui offre une extraordinaire opportunité  pour annoncer et transmettre la foi, particulièrement aux jeunes.

Tout usager d’Internet sait cependant qu’on y trouve le meilleur comme le pire, et souvent un mélange inextricable qui noie la parole véridique dans un océan d’informations difficilement vérifiables. S’agissant des vérités de la foi catholique et des questions essentielles sur la vie ou la société, il faut beaucoup de temps et de discernement pour trouver sur le web des réponses à la fois justes et présentées de façon convaincantes. Permettre aux chercheurs de vérité de découvrir  les « perles » de l’Evangile, de la foi et de la vie chrétienne, dans toute leur lumière, leur pureté mais aussi leur brûlante actualité, telle est la mission fondamentale de « Aleteia ».

Certes, il existe d’excellents sites et blogs dans la galaxie catholique (simples particuliers, paroisses, mouvements, diocèses, conférences épiscopales). Mais leur fragmentation et l’insuffisance de leurs moyens ne permettent pas au message chrétien d’avoir l’impact qu’il devrait avoir dans le débat public et dans les grands medias qui forgent la culture contemporaine. C’est pourquoi « Aleteia »  entend devenir l’acteur chrétien de référence  qui manque aujourd’hui sur Internet. Il ne s’agit pas d’évincer les autres initiatives mais au contraire d’offrir au meilleur de leur production une plateforme collaborative de diffusion : repérer dans le monde les meilleurs productions chrétiennes (textes, films, vidéos), les mettre en valeur, les traduire en dix langues, leur permettre d’être trouvées facilement et leur donner accès au plus large public, tel est le service à la fois humble et ambitieux que « Aleteia » propose dès maintenant à tous les acteurs de la nouvelle évangélisation.

Vaste, immense entreprise que ce réseau social catholique doté de nombreux outils (site, application, newsletter, web TV, traductions) ! Mais il est conduit par une équipe internationale de professionnels et porté par la Fondation pour l’Évangélisation par les Medias (FEM), qui a été créée en 2010, en lien avec le Saint-Siège, pour rassembler les principaux mouvements engagés dans l’évangélisation et les medias. Avant même son lancement officiel, le réseau Aleteia a enregistré l’adhésion de centaines de partenaires dans le monde entier. Découvrez dès aujourd’hui « Aleteia » en visitant son site et n’hésitez pas à participer à ce nouveau media interactif  destiné aux apôtres et aux chercheurs de vérité du XXI siècle !

France/Allemagne : Un bémol sur l’avantage démographique dont nous nous targuons

L’Allemagne est l’objet de toutes les admirations et de toutes les détestations européennes. C’est le 1er de classe, un rien crâneur, qui donne des leçons à tout le monde mais ne veut pas frayer avec les cancres qui l’entourent, surtout ceux du sud, au fond de la salle, près du radiateur, suspects par-dessus le marché de le racketter à la sortie !

Rien là de très nouveau puisque on enviait déjà le « miracle allemand » il y a cinquante ans.  La recette teutonne n’a pas changé : travail, effort, rigueur (le mot à ne jamais prononcer en France !), concertation, vision à long terme…bref  tout ce qui fait défaut aux cigales latines aujourd’hui bien dépourvues. La France, qui s’apprête à vivre une austérité d’autant plus impitoyable qu’elle s’annonce brouillonne et contradictoire, ressemble à l’élève paresseux qui tente in extremis de copier le voisin faute d’avoir pris la peine d’acquérir le vrai savoir au prix de réformes structurelles et d’une véritable ascèse.

Il est pourtant un domaine où la situation de l’Allemagne n’a rien d’enviable : la démographie. Sa natalité, déjà plombée depuis des décennies, s’est carrément effondrée l’an dernier, la mettant à son plus bas niveau depuis la chute du troisième Reich : 663 000 naissances l’an passé contre 678 000 en 2010, un chiffre déjà misérable, surtout si on le compare au pic de 1964 où le total cumulé de la RFA et de la RDA dépassait 1 350 000 nouveau-nés. Et cela, à l’époque, sans l’apport substantiel d’enfants d’immigrés qui constituent aujourd’hui le tiers des effectifs !

Voilà plus de quarante ans que l’Allemagne enregistre plus de décès que de naissances chaque année. Les démographes  estiment que le pays, actuellement le plus peuplé d’Europe (82 millions d’habitants), pourrait tomber à moins de 70 millions au milieu du siècle…autant dire après-demain. La France passerait devant l’Allemagne dont le déclin économique suivrait, tôt ou tard, le déclin démographique : « Il n’est de richesses que d’hommes » (Jean Bodin).

Mais ce scénario appelle cependant des réserves et un bémol. Des réserves : la politique familiale vigoureuse mise en œuvre par la chancelière Angela Merkel (elle-même sans enfant) pourrait à la longue sinon renverser la tendance, du moins l’infléchir, surtout si la plus grande générosité des prestations familiales depuis qu’elle est chancelière s’accompagnait d’une vraie campagne médiatique pour revaloriser l’image de la mère de famille. « L’homme ne vit pas seulement de pain » : le regard porté sur la mère qui choisit de partager son temps entre sa famille et sa profession, mais en favorisant la première, a sans doute autant et plus d’importance que les considérations budgétaires pour décider une femme à enfanter.
La seconde réserve concerne l’impact de l’immigration de part et d’autre du Rhin : en Allemagne, l’afflux depuis la crise d’une immigration européenne (Polonais, Hongrois, Roumains, Bulgares, Espagnols, Grecs) et le retour de Turcs dans leur pays devenu plus attractif, non seulement contribue à la natalité mais fournit une main-d’œuvre mieux assimilable et plus qualifiée que ne le ferait une population non européenne (le tabou qui règne en France sur cette question ne doit pas masquer cette évidence).

D’où ce fort bémol : si la moins mauvaise santé de la natalité française est due, elle aussi, pour une bonne part, à l’immigration, celle-ci n’est pas la même que celle d’Outre-Rhin. A l’échec criant de l’intégration de populations principalement maghrébines et musulmanes dans l’Hexagone s’ajoute pour nous le lourd handicap de l’absence d’un apprentissage digne de ce nom, l’une des grandes forces de notre voisin. Si la population française dépassait effectivement celle de l’Allemagne en 2055 comme le prévoit l’Ined (étude publiée le  29 mars 2012), cette population serait-elle suffisamment homogène et formée pour pouvoir rivaliser avec celle d’Outre-Rhin ? On ne voit pas qu’on en prenne le chemin.

 

John Bradburne : un anglais excentrique jusqu’au martyre

C’est une personnalité exceptionnelle et un destin hors norme que nous fait découvrir Didier Rance dans cette biographie captivante d’un «vagabond de Dieu », d’un « fol en Christ » du XXe siècle*.

Sur la photo de couverture, il est à demi accroupi, un genou en terre. Il regarde le photographe qui l’a surpris alors qu’il était en train d’écrire un poème à même le sol de sa case de tôle, à Mtemwa (Rhodésie à l’époque, aujourd’hui Zimbabwe). Quel regard ! Direct, joyeux, transparent, lumineux, rendu plus attachant encore par un léger strabisme : un œil sur vous, un œil sur Dieu, double vision fusionnant dans un même halo de bienveillance et d’amour.

A cette époque (1969), John Bradburne a franchi le mitan de la vie. Sous ses allures de hippie assagi, c’est un homme en paix avec lui-même et avec son Créateur. Il a tout donné ou presque, lui qui ne possédait déjà rien. Dix ans plus tard, pour ne pas abandonner ses chers lépreux, il donnera sa vie, sachant que va s’accomplir ce qu’il pressent, redoute et désire à la fois depuis sa jeunesse et sa conversion à la foi catholique : au bout de la route l’attend le martyre.

L’itinéraire de John Bradburne (14 juin 1921- 5 septembre 1979) est simplement stupéfiant. Didier Rance l’a pisté pendant une décennie sur les lieux mêmes de ses tours et détours, aux dimensions du monde : l’Angleterre natale, la Malaisie et la Birmanie pendant la guerre contre les Japonais, la France, la Belgique, l’Italie, la Terre Sainte, l’Angleterre encore, puis l’Afrique, la Rhodésie où John trouvera enfin sa voie à l’âge où la plupart des hommes pensent avoir leur carrière derrière eux. Des milliers de kilomètres à pied, des installations improbables (par exemple, un an dans la tribune de l’église de Palma, en Italie !), des essais sans cesse déçus de vie monastique, érémitique…ponctués de métiers divers, non moins précaires : bûcheron, maître d’école, fossoyeur, maçon, sacristain, éboueur, présentateur de télévision, gardien…les plus constants de tous ses emplois étant ceux de musicien et de clown où il excella sa vie durant.

A vues humaines, la trajectoire de ce fils de pasteur anglican ne fut qu’une série d’échecs, une longue errance. Mais ses familiers, ses intimes, ses amis, ou simplement ceux qui avaient accueilli ce vagabond  anglais -forcément excentrique !-, pour quelques mois (rarement plus) ou quelques semaines, en ont été marqués à jamais. Quant à ceux qui, comme Didier Rance, n’ont connu son existence qu’après sa mort (pour l’auteur, ce fut lors d’un séjour au Zimbabwe), d’abord intrigués par l’unanimité des témoignages sur ce « fol en Christ », ils découvrent peu à peu l’ampleur du personnage, son héroïsme (qui lui valut d’être distingué pendant la guerre parmi les rares survivants des commandos britanniques luttant dans la jungle contre les Japonais), son génie poétique (puissance, originalité, abondance, son œuvre en ferait un poète majeur de la littérature anglaise du XXe siècle), sa joie de vivre et, par-dessus tout, l’exceptionnel rayonnement de sa charité. C’est elle qui le conduira à faire le choix le plus radical en épousant la vie des plus déshérités des déshérités, des lépreux rejetés de tous et abandonnés dans des conditions inhumaines au cœur de l’Afrique. John fit du mouroir de Mtemwa une oasis de sérénité, de foi et de joie malgré la souffrance de la maladie et de l’exclusion.

Mais un jour, la guerre civile qui devait aboutir à l’indépendance de la Rhodésie, rejoignit ce havre de paix. John, intraitable lorsqu’il s’agit de défendre ses chers lépreux, est dans le collimateur des deux camps, Blancs et Noirs, les uns dominés par le racisme, les autres par le marxisme, deux idéologies que John ne craint pas de condamner ouvertement. Finalement, devant son refus obstiné de quitter ses amis, les guérilleros le kidnappent. Le scénario de sa capture, des humiliations qu’il subit, de son jugement, de son acquittement par ceux des guérilleros qui veulent le sauver, puis de sa lâche exécution, présente une fascinante analogie avec la Passion du Christ. Il n’est donc pas surprenant que la renommée de la sainteté de John Bradburne ait crû sans cesse depuis sa mort : elle est aujourd’hui si puissante, et étayée par tant de témoignages de guérison, que cette abondance même retarde le procès canonique ouvert depuis des décennies.

Nul doute que cette enthousiasmante biographie devrait remettre la procédure en route. D’autant que de nombreux lecteurs reprendront pour leur compte cette invitation que John, décidément prophète, faisait dès 1952 dans une lettre à son ami Dove : « Prie pour ma sanctification parce que cela encouragerait tant d’âmes si un tel naufrage peut se terminer par une canonisation, et je veux tellement contourner le Purgatoire ».

 

*  « John Bradburne, le vagabond de Dieu » par Didier Rance, Salvator, 512 pages, 23€. Voir aussi : www.johnbradburne.com

 

 

Ce tweet fatal à la « normalitude»

  « Un responsable de communauté doit être irréprochable, époux d’une seule femme, homme mesuré, raisonnable et réfléchi…» écrit saint Paul dans sa première épître à Timothée (3,2). Stupeur et scandale du lecteur « post-moderne » : -Quel rapport entre ceci et cela ?!  Voyez notre « président normal » : quoique père de famille nombreuse (4 enfants avec la même femme, c’est devenu, avouons-le, un peu insolite), il a pris soin de ne jamais épouser la mère de ses enfants, et vit depuis plusieurs années avec une femme mariée, elle, mais à un autre. Tout cela est parfaitement conforme à l’idée que nous nous faisons de la liberté, du bonheur de l’individu et du respect strict de la chère sphère privée. Le choix de sa compagne, devenue depuis son élection la première dame de France, ne regarde que François, et leur libre union, avec inévitablement ses hauts et ses bas, ne doit nullement interférer avec sa fonction publique. Ce qui, par parenthèse, distingue François de son prédécesseur, comme il l’avait promis tout au long de sa campagne au bon peuple de France.

Hélas, trois fois hélas, il aura suffi d’à peine140 signes (taille maximale d’un « tweet ») pour faire exploser au décollage -un mois après l’élection présidentielle, à cinq jours du second tour des législatives- le vaisseau spatial rose bonbon de la « normalitude» (comme dirait Ségolène).
Résumons, rien de plus simple : le président normal a conclu un pacte avec sa précédente compagne, ci-devant camarade de combat au PS, ex-candidate à la présidence de la République, présidente en fonction de la région Poitou-Charentes mais qui, pour se faire réélire député, a jeté son dévolu sur la 1ère circonscription de La Rochelle, convoitée par un autre socialiste, par ailleurs ami proche du nouveau président de la République et de sa nouvelle compagne (vous suivez ?). Ce pacte entre les deux  « ex » était le suivant : tu m’aides à me faire élire président de la République, et moi, avec le Parti, nous te ferons la courte échelle pour ton siège de La Rochelle d’où tu pourras gagner aisément le prestigieux perchoir de l’Assemblée nationale.

Tout semblait plié pour ne pas dire normal. Sauf que ce beau plan concocté entre deux anciens condisciples de l’ENA passait pour profits et pertes, tiens donc !, le facteur humain : à savoir la jalousie incandescente de l’actuelle compagne (on ne dit plus concubine, l’époque a de grandes pudeurs), la volonté inflexible du candidat rochelais à conquérir ce poste, et l’exaspération des militants locaux devant le parachutage d’une « éléphante » du parti pachydermiquement soutenue par ses congénères de la rue de Solférino. Lesquels se sont trompés de bataille : à La Rochelle, on ne se laisse pas aisément assiéger.
A vrai dire, ces deux derniers facteurs auraient largement suffi pour que Ségolène Royal perde le duel qui l’opposera dimanche prochain à l’autre candidat socialiste comme le prédisent sans appel les sondages. C’est donc par pure cruauté que Valérie a répandu son tweet salé de soutien à celui-ci sur les blessures béantes de Ségolène la mal-aimée. Mais ce faisant, la première concubine  pardon ! dame de France a surtout montré à tout le pays qu’en fait de normalité, celle du président est d’une espèce depuis longtemps répertoriée : celle d’un homme faible pris entre deux femmes de caractère, et prompt à renier sa parole : « Moi président de la République, je ne mélangerai jamais vie publique et vie privée » -alors que la « compagne » dispose d’un cabinet de cinq personnes payées par l’Etat ; « Moi, président élu, je resterai au-dessus des partis »- et voilà qu’il soutient publiquement une candidate à la députation. Un engagement présidentiel sans précédent dans la cinquième République !

Moralité : électrices, électeurs, avant de revoter, relisez saint Paul !

Catholiques en politique : plus qu’un droit, un devoir


-Au secours, les cathos sont de retour ! Voilà qu’ils sortent des sacristies pour mettre leur grain de sel dans le débat politique, social, économique, bioéthique, écologique ! Quel culot, qu’ils la bouclent, on ne leur a rien demandé !

Ce cri enfle dans les rangs – nombreux et puissants- des faiseurs d’opinion. A les entendre, dans une société qui se targue d’ouverture à tous et de liberté sans limite, une seule catégorie de citoyens devrait être privée du droit à la parole : les « religieux », les chrétiens, les catholiques (par ordre croissant de dangerosité).  Ne deviennent-ils pas  en effet des hors-la-loi, ceux qui défient le consensus relativiste en prétendant invoquer au nom de Dieu et de la nature humaine une vérité qui s’imposerait à l’homme ? Qu’ils gardent Dieu pour eux, dans la stricte limite de la « sphère privée », et ne s’avisent pas de donner leur avis sur les choses de la vie, l’amour,  l’argent, le travail, la sexualité, la procréation, l’embryon, le mariage, la maladie et la mort ! Car ces réalités-là sont désormais le domaine réservé des promoteurs des « avancées » sociétales dont l’adoration scelle le droit de cité, tel le culte rendu à l’empereur dans la Rome antique. Ils entendent échafauder entre eux l’avenir radieux du bon peuple  et tiennent pour des agresseurs ceux qui osent réintroduire la transcendance ou la nature humaine dans le débat public. «Déistes » et « naturalistes », pouah, pas de ça au pays de la laïcité !

Mais de quel droit, cette exclusion ? Au nom de quel jugement, de quel arrêt, de quelle expertise ?  La question a été publiquement posée à Milan, le 2 juin, au cours de la VIIe rencontre internationale des familles autour du pape, par le cardinal André Vingt-Trois. Dans son homélie, l’archevêque de Paris a conforté les catholiques dans leur nouvelle audace à faire entendre leurs voix, par exemple à propos du «patrimoine principal de l’humanité» (Benoît XVI) qu’est la famille.  « Nos choix, a souligné le cardinal, n’expriment pas une sorte de particularisme ; ils ne sont pas seulement confessionnels, mais il engagent un choix de société. Nous avons le droit de les défendre socialement, (…) au nom du bien de la société. » En effet, a-t-il expliqué, nous ne sommes pas «une secte égarée dans la société » mais bien des membres à part entière de celle-ci. C’est à ce titre, et forts « d’une expérience de l’humanité», que nous avons « le devoir de proposer des arguments humanistes audibles par tous les hommes de bonne volonté. » *

Reprenant ainsi un des thèmes majeurs du magistère de l’Eglise au moins depuis Paul VI (« L’Eglise, experte en humanité »), le cardinal Vingt-Trois a désigné aux fidèles et tout particulièrement aux laïcs le terrain sur lequel Dieu les a placés pour témoigner de la vérité : celui de la politique, au sens plein et noble de ce terme. Du simple bulletin de vote à la fonction élective, en passant par toutes les formes de l’engagement associatif, et par les multiples occasions de faire entendre sa voix dans les medias et dans les réseaux sociaux, l’heure est à la mobilisation de toutes les compétences et de toutes les énergies. Encore faut-il pour cela s’informer, se former, et accepter en toute humilité une mise en commun et un partage des compétences que l’efficacité impose à toute entreprise. Et que la charité envers nous-même, nos familles, notre pays et le monde exige de rechercher sans délai, quoique sans précipitation ni crispation.  Tel est bien l’objectif qu’avec nos partenaires toujours plus nombreux nous poursuivons à Liberté Politique. Merci d’y adhérer, merci d’y participer.

*le texte intégral de l’homélie du cardinal Vingt-Trois : http://www.eglise.catholique.fr/eglise-et-societe/politique/elections-2012/homelie-du-cardinal-andre-vingt-trois-a-la-rencontre-mondiale-des-familles-2012-14370.html

Le majordome du Pape lui aurait-il rendu un ultime service ?

S’il n’est pas un traître, le majordome de Benoît XVI s’est peut-être sacrifié pour son maître et pour l’Eglise. Oubliant que la fin ne justifie pas les moyens.

Les photos sont saisissantes. D’abord celle d’un homme crispé, le visage fermé, assis devant Benoît XVI dans la « papamobile » pour le traditionnel « tour de piste » de l’audience du mercredi, Place Saint-Pierre. C’était le matin du 23 mai. Le soir même, Paolo Gabriele, « le majordome du Pape », était arrêté par les gendarmes du Vatican et placé dans une des trois « salles sécurisées » dont dispose le plus petit Etat du monde, à défaut de prison. Les autres photos montrent le visage de Benoît XVI marqué par la souffrance, brusquement vieilli en cette semaine de la Pentecôte, toujours empreint de la même douceur mais une douceur navrée, celle du serviteur souffrant, du Joseph de l’Ancien Testament trahi par ses frères (Jean Mercier, La Vie), de Jésus recevant le baiser de Judas. L’objet de cette souffrance et du délit : un livre : « Sa Sainteté, les papiers secrets de Benoît XVI », publié (en italien) quelques jours plus tôt (le 19 mai) par le journaliste Gianluigi Nuzzi. On y trouve la reproduction in extenso de lettres et de documents confidentiels adressés au pape dont seuls quelques proches de l’entourage de Benoît XVI pouvaient avoir eu connaissance. Parmi eux, son majordome personnel (mais recruté sous Jean-Paul II), un laïc père de famille, estimé de tous, inculpé de « possession illégale de documents secrets » retrouvés à son domicile par les enquêteurs. A eux de découvrir à présent pourquoi le majordome, connu pour sa piété et son attachement viscéral au Pape, aurait trahi son maître et qui l’a aidé à faire « fuiter » la correspondance privée du chef de l’Eglise. (Lire la suite…)

Syrie : vers une décomposition à l’irakienne

Les trains de sanctions contre le régime de Bachar El-Assad se succèdent : on en est au quinzième décrété par l’Union européenne ! Mais rien n’y fait : la Syrie s’enfonce dans la guerre civile et confessionnelle. Et la contagion s’étend au Liban.

Les nouvelles sanctions contre le régime syrien adoptées le 14 mai par les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont coïncidé avec les journées les plus meurtrières qu’ait connues la Syrie : ce même jour, 23 soldats des troupes régulières ont trouvé la mort dans des combats contre des rebelles. La veille, on dénombrait 45 morts (civils et militaires) dans l’ensemble du pays et encore une douzaine de morts civils le lendemain, 15 mai. En près de 15 mois, cette guerre civile aurait fait quelque 12 000 morts.
Les affrontements entre pro et anti-régime ont gagné le nord du Liban tuant 5 personnes et en blessant 47 autres les 12, 13 et 14 mai à Tripoli. D’un côté, les sunnites adversaires du régime syrien, de l’autre, des alaouites et sympathisants de Bachar el-Assad. Le Liban est devenu un des principaux lieux de passage clandestin d’armes et de combattants en soutien de la rébellion. Le risque majeur qu’encourt à présent le Pays du Cèdre est que ces confrontations gagnent l’armée libanaise où se côtoient sunnites, chrétiens et chiites du Hezbollah, alliés de Damas et de Téhéran. Une internationalisation du conflit plus large encore se profile, comme en témoigne la dénonciation du Kosovo comme terrain d’entraînement de l’opposition armée syrienne par l’ambassadeur russe auprès de l’ONU le 14 mai.

Que va-t-il se passer en Syrie dans les mois à venir ? La fin de Bachar El-Assad paraît inéluctable à plus ou moins long terme. Mais on ne prend pas de risque à faire ce genre de « prédiction », il suffit d’attendre qu’elle se réalise…un jour ! Selon Georges Malbrunot (Le Figaro du 9 mai), trois scénarios sont  généralement envisagés par les chancelleries :

1) Un scénario yéménite, celui qu’a concocté à l’Onu l’équipe de l’ex-secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan : un départ du « raïs » en douceur, au terme d’une période de transition, comme pour l’ex président Saleh du Yémen en novembre 2011. Mais il n’y a plus grand monde pour y croire. Les combattants n’ont cure du cessez-le-feu, et les 150 observateurs de l’ONU et collaborateurs civils déployés en Syrie (dont le nombre devrait être doublé à la fin du mois) sont régulièrement pris pour cibles, comme les journalistes. Les six monarchies du Golfe réunies lundi dernier à Ryad ont averti par la bouche du prince Saoud Al-Fayçal  que « la confiance dans les efforts de l’émissaire international   commence à faiblir sérieusement et rapidement ». Or l’arrêt des hostilités est conditionné par des garanties régionales et internationales impliquant l’Arabie saoudite et le Qatar -principaux soutiens des rebelles- aussi bien que la Russie, principal soutien avec l’Iran du régime syrien…

2) Un scénario libyen paraît encore plus aléatoire : une coalition militaire dirigée par l’Otan chasse ou élimine Bachar al-Assad du pouvoir… ce qui suppose que la communauté internationale ait trouvé un accord. Certes, la Turquie a évoqué cette hypothèse après plusieurs attaques de l’armée syrienne contre des rebelles réfugiés sur son territoire. Mais l’Iran a explicitement averti son voisin turc que toute avancée de son armée en Syrie aurait pour contrepartie l’intervention de ses propres troupes en vertu d’accords bilatéraux noués avec Damas.

3) Quant au troisième scénario, il paraît enclenché. C’est celui d’une sanglante décomposition à l’irakienne, ponctuée d’attentats de plus en plus meurtriers, avec la survie plus ou moins longue de Bachar al-Assad tandis que le peuple cumule les affres de la guerre civile et de l’embargo.  Sauf que l’agonie du régime baasiste syrien risque de se prolonger plus longtemps encore que celle du régime baasiste irakien, en raison de la position géostratégique de la Syrie et des soutiens internationaux de poids dont dispose Bachar el-Assad : Iran, Russie mais aussi Irak et peut-être Liban. D’ailleurs la chute de Bachar al-Assad n’apporterait vraisemblablement pas davantage la paix à la Syrie que celle de Saddam Hussein ne la donna à l’Irak.

Une certitude, hélas, quel que soit le scénario : le nombre croissant de victimes innocentes des combats ou des attentats à la bombe comme les deux, monstrueux, perpétrés avec des voitures piégées qui ont fait 55 morts et des centaines de blessés le 10 mai à Damas. Outre les personnes qui ne sont pas particulièrement visées mais seulement présentes au mauvais endroit et au mauvais moment, il y a les victimes ciblées : les minorités confessionnelles, d’abord les alaouites (auxquels appartient le clan d’Assad) mais aussi des chiites et des sunnites « modérés » ainsi, comme d’habitude, que les chrétiens, dont l’exode a commencé :   « A Homs, ville d’un million d’habitants, les deux tiers de la population ont fui les lieux. Plus de 90% des chrétiens ont été forcés de partir, souvent sans avoir le temps de rien emporter » expliquait le mois dernier Mère Agnès-Mariam de la Croix supérieure du monastère de Saint Jacques le Mutilé à Sara. Depuis « l’épuration » où se mêlent haine religieuse et banditisme semble se généraliser : par exemple, les familles chrétiennes du village de Al Borj Al Qastal ont systématiquement été chassées de chez elles par les rebelles, le 12 mai.

[sources : Le Monde.fr, Le Figaro.fr, Agences Fides, Misna, Radio Canada]

 

Présidentielle, législatives : 2012, année cruciale… pour le Timor Oriental

L’année du 10e anniversaire de l’indépendance du Timor-Leste, la partie orientale de l’île de Timor, est aussi celle de l’élection présidentielle en mars/avril suivie des législatives en juin/juillet. Et du retrait progressif des casques bleus de l’ONU après treize ans de présence pour assurer la paix. Une paix dont l’Eglise demeure le principal garant.

Première étape réussie pour des élections sans violence au Timor-Leste (nom officiel du Timor Oriental) : la présidentielle. Éliminé dès le premier tour (17 mars), José Ramos-Horta, président sortant du Timor-Leste et prix Nobel de la paix avec Mgr Carlos Felipe Belo évêque de Dili (1983-2002), figure emblématique  de la résistance à l’occupant indonésien, a cédé la place au vainqueur du second tour (14 avril), l’ancien chef de l’armée et guérillero José Maria de Vasconcelos alias Taur Matan Ruak (« yeux perçants » son nom de guerre en tetum, langue vernaculaire du pays). Instituteur issu d’une famille pauvre, Taur Matan Ruak a passé des décennies dans la jungle avec la guérilla en lutte contre les troupes indonésiennes qui avaient envahi le pays quelques mois après le départ des Portugais et la proclamation de son indépendance, en 1975.

La composition du nouveau gouvernement dépendra de l’issue des législatives qui auront lieu le 7 juillet. Mais le chef de l’Etat bénéficie d’une aura capable d’assurer la paix, alors que les casques bleus préparent leur retrait, prévu pour la fin de l’année. Ainsi s’achèvera treize ans de présence de l’ONU dans cette partie orientale de l’île de Timor, au Sud Est de l’archipel indonésien.

L’Eglise, meilleur atout pour la paix
L’implantation de l’Eglise catholique et le prestige que lui a valu son héroïsme dans la résistance à l’occupation indonésienne (
de nombreux prêtres et religieuses y ont perdu la vie) restent le meilleur atout pour la paix. Evangélisé depuis le XVIe siècle par les Portugais (qui laissèrent aux Hollandais la partie occidentale -à présent indonésienne- de l’île), le Timor-Leste compte aujourd’hui 98% de catholiques en grande majorité fraîchement convertis (de l’animisme) en raison du rôle exemplaire de l’Eglise  au cours des dernières décennies de violences et de persécutions inouïes : les catholiques n’étaient que 15% au début des années 70 !

Dans la perspective des échéances électorales de 2012, l’Eglise  a lancé une chaîne de prière et organisé une journée de la paix, le 21 février dernier. Celle-ci  a commencé par une marche d’environ 5 km conduite par Mgr Alberto Ricardo da Silva, évêque de Dili. Plus de 5 000 fidèles ont défilé à travers Dili en récitant le chapelet, prière entrecoupée de temps de méditation sur la paix. Outre de nombreux prêtres et séminaristes, religieux et religieuses, la procession de fidèles venus des sept paroisses de Dili comptait plusieurs centaines d’étudiants et d’écoliers, auxquels s’étaient joints des hommes politiques et des ambassadeurs étrangers. Mgr Ricardo s’est adressé au peuple timorais dans son ensemble, l’exhortant à tourner le dos à la violence pour « construire la paix avec la force de Dieu et la protection de Marie ». L’évêque a souligné la nécessité préalable de « convertir son propre cœur » et de réaliser « la paix dans les familles », avant de prier pour « des élections dans la paix et l’unité » et pour que « les Timorais vivent enfin dans l’harmonie comme une nation de frères ».

Cette vaste et fervente manifestation s’est achevée par un temps d’adoration eucharistique suivi d’une prière pour la paix dont la récitation se poursuivra jusqu’aux élections législatives. Le lancement de cette grande chaîne de prière intitulée « 111 jours de réflexion et de prière pour des élections pacifiques et démocratiques au Timor-Leste » s’est accompagné d’un lâcher symbolique de colombes et de ballons sur lesquels on pouvait lire « Changez vos cœurs, changez le monde ! »

 

Difficile mais indispensable pardon
La paix civile est un enjeu majeur pour cette ancienne colonie portugaise qui a dû lutter avec acharnement contre l’Indonésie musulmane. On estime qu’entre 1975 et 1999, année de l’intervention des Nations Unies, les massacres et multiples exactions (viols, enlèvements, stérilisations forcées) ont fait plus de 200 000 morts et disparus sur une population qui comptait alors 700.000 habitants : soit près du quart de la population ! Un génocide ignoré du monde et resté impunis  parce que  le Timor-Leste ne parvient pas à obtenir l’extradition des militaires indonésiens impliqués.  En raison des « transmigrants » implantés par le gouvernement de Jakarta après l’annexion forcée, le pardon entre familles des victimes et collaborateurs des anciens occupants  reste un défi permanent. Limitées aux seules violences qui ont accompagné le retrait des troupes indonésiennes en 1999, au cours desquelles les soldats et les milices à leur solde ont tué plus de 1300 personnes, les investigations menées entre 1999 et 2005 par l’Unité de recherches sur les crimes graves placée sous l’égide de l’Onu n’auront abouti au total qu’à la mise en examen de 400 individus, dont 84 reconnus coupables et emprisonnés…dont deux seulement restent aujourd’hui derrière les barreaux du fait de remises de peine et de la large amnistie accordée au nom de la réconciliation par le président sortant.

Les premières années du Timor-Leste depuis son indépendance effective en 2002 (après trois ans d’administration par l’Onu) ont été marquées par des recrudescences de violences, dont les plus importantes furent le soulèvement militaire de 2006 qui avait nécessité l’envoi de forces internationales afin d’éviter la guerre civile,  et les attentats contre le Président et le Premier ministre en 2008. Toutefois, le dernier rapport de l’International Crisis Group ( 21 février 2012) constatait que le pays était nettement plus calme que lors des précédentes élections.

Sources : Eglises d’Asie, Agence Fides, Dossier de l’AED n°23, Courrier International.

 

 

Votons avec une longue-vue !

Mon éditorial pour Liberté Politique (19 mars)

Nous allons donc déposer nos bulletins dans l’urne, dimanche prochain puis le 6 mai. Avec des pincettes ! Sans enthousiasme, sans illusion et peut-être après une ultime hésitation…Mais nous n’irons pas grossir le taux sans doute record des abstentionnistes -le premier parti de France ?-  parce quand bien même nous voterions sans le moindre espoir, nous ne laisserons pas s’éteindre la flamme de l’espérance ! Oh, bien sûr, on ne voit rien de bon à attendre de ce scrutin. Il est même hautement probable que le prochain quinquennat marquera un nouveau déclin de la France, une nouvelle descente dans la démagogie, la logorrhée,  le clientélisme, le piétinement des valeurs humaines les plus sacrées, la famille, le mariage, le respect de la vie de la conception à la mort naturelle, et jusqu’à l’identité sexuelle elle-même. Quant à l’économie, si les mesures annoncées par les deux principaux candidats étaient réellement mises en œuvre par eux (à vrai dire, personne n’y croit),  ce serait au mieux cautère sur jambe de bois, et plus vraisemblablement un bon lest pour accélérer la chute vers les abysses… (Hollande, plombé par Mélenchon, étant le grand favori pour nous faire toucher le fond).

Aucun espoir, donc, mais une espérance tenace, résolue, renouvelée  guidant une volonté affermie par l’adversité.  Celle que le lent et patient travail en profondeur accompli dans tout le pays ici même, par nos amis d’Ichtus, par ceux de l’Alliance Vita qui se dépensent sans compter pour lutter contre l’euthanasie, par ceux de la Fondation Lejeune pour soigner et défendre la personne blessée dans son intelligence mais à jamais intacte dans sa dignité, par l’Office Chrétien des Handicapés et par les foyers de l’Arche qui rendent un témoignage permanent à cette dignité, par les membres de l’Association des juristes catholiques et par tous ceux qui revisitent la doctrine sociale de l’Eglise et œuvrent à réhabiliter l’engagement politique trop délaissé pendant des décennies par des chrétiens tentés de se réfugier dans une spiritualité quelque peu désincarnée…Qu’on songe, pour ne citer que ces deux exemples, à l’investissement remarquable de membres de l’Eglise, clercs et laïcs, chacun à sa place, dans les « états généraux de la bioéthique », ou à la réappropriation de l’écologie -mais une écologie au service de l’homme- par la pensée chrétienne, le pape ouvrant la voie, là-aussi.

Oui, les temps ont changé. Plus question de ravauder ! Tous, nous avons appris à nos dépens ce qu’il en coûte politiquement d’avoir déserté le combat culturel, de nous être contentés pendant des décennies de saluer de loin nos racines chrétiennes au lieu de prendre la peine d’en puiser la sève, de nous en pénétrer et de la communiquer. Au travail donc, jour après jour, « goutte à goutte, heure par heure » (V. Hugo), travail personnel et collectif, travail relationnel et de présence accrue sur l’immense forum contemporain des réseaux sociaux.  Et que surtout ne fasse pas défaut à cette mobilisation intellectuelle un désir sincère d’unité dans la diversité, en un mot sœur Charité sans laquelle nous ne serions que des cymbales discordantes… Les zizanies, les querelles de chapelle, les combats d’ego, non merci, pas de ça, pas chez nous, plus chez nous, on en a soupé !

Jérôme Lejeune, un homme pour l’éternité

L’Eglise vient de franchir la première étape de l’enquête qui pourrait l’amener à proclamer la sainteté du grand savant et défenseur de la vie.

Il y avait plus de fidèles encore que les années précédentes à la traditionnelle Messe pour la vie célébrée à Notre-Dame de Paris, ce 11 avril. C’est que celle-ci suivait une cérémonie rare, et généralement moins populaire : la clôture de l’étape diocésaine du procès de béatification du professeur Jérôme Lejeune (1926-1994). Sans préjuger de l’issue que connaîtra à Rome ce procès, dont c’est la première étape, la force du symbole, dix-huit ans après la mort de Jérôme Lejeune, le dimanche de Pâques 3 avril 1994, n’échappait à personne. En solennisant ainsi cinq années d’enquête diocésaine, l’Eglise, en la personne de l’archevêque de Paris que représentait pour cette cérémonie de clôture Mgr Eric de Moulins-Beaufort, remettait déjà en pleine lumière un des acteurs majeurs du  grand combat pour la vie qui se poursuit encore, avec de nouveaux épisodes non moins cruciaux. L’un des principaux candidats à l’élection présidentielle et favori des sondages, François Hollande, n’a-t-il pas inscrit la légalisation de l’euthanasie dans son programme, tout en promettant de mettre en place des centres d’IGV dans tous les hôpitaux ? Le combat contre la « culture de mort » reste donc une priorité « non négociable ».

Certes, une chose est la justesse d’une cause, autre chose la sainteté personnelle de ses défenseurs. S’agissant de Jérôme Lejeune, ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, ont eu le privilège de l’approcher, et même, comme journaliste, de l’interviewer, peuvent simplement témoigner de ce qu’ils ont vu, entendu et perçu comme dans un halo. Avec bien d’autres, je ne puis oublier ni la lumière qui émanait de sa personne, ni la clarté de son regard, ni la douceur de sa voix. Et sur ce velours, non pas dissimulée par lui mais comme posée sur un écrin, la lame d’une détermination inflexible.

Contre vents et marées

Découvreur du chromosome surnuméraire causant la trisomie 21, le Pr Lejeune, tout en s’acharnant à trouver une thérapie, mena contre vents et marées le combat contre l’avortement légal. Sa logique rendait sa position inexpugnable : il l’énonça d’emblée face au docteur Pierre Simon, cofondateur du Planning familial et ancien grand maître de la Grande Loge de France, dans cette  interview contradictoire que j’avais menée pour Le Figaro Magazine (5 mai 1979) auquel je collaborais alors. A la question : « Après quatre ans d’application de la loi Veil, êtes-vous toujours un adversaire résolu de cette loi ? », Jérôme Lejeune répondit en effet : « Médecin, je suis adversaire de la maladie et de la mort, et partisan résolu de la vie. Or l’avortement consiste à éliminer un être humain extrêmement jeune : c’est une sorte de racisme des vieux contre les très jeunes, des puissants contre les faibles ou, lorsque l’enfant est souffrant, des bien-portants contre les malades. Ce racisme-là est aussi laid et aussi dangereux que les autres… » L’article avait fait la couverture du Figaro Magazine, illustrée par le dessin très suggestif d’un oiseau s’apprêtant à fracasser son œuf…Quel journal grand public oserait aujourd’hui une telle illustration sur ce sujet plus que jamais tabou, en raison du nombre élevé de femmes ayant subi un ou plusieurs avortements du fait même de la loi Veil ? (On compte de nos jours en France un avortement pour quatre naissances !)

Une immense solitude

Mais dès le début, le combat pour la vie fut violent, implacable. Et à son niveau de chercheur de premier plan, Jérôme Lejeune le mena dans une immense solitude. Lui et sa famille, femme et enfants, en subirent les conséquences quotidiennes, tant le nom de Jérôme Lejeune était conspué, vilipendé sur les antennes, dans les journaux, sur les murs. Et il y aurait beaucoup à dire sur le silence, voire la réprobation, qu’il essuya de la part de certains membres de l’Eglise d’alors, spécialement en France. On ne pouvait lui pardonner le contraste entre son courage éclairé et la lâcheté rampante qui avait précédé le vote de la loi Veil (les « mémoires » du Garde des sceaux de l’époque, le regretté Jean Foyer, qui avait tenté en vain des démarches personnelles auprès de certains membres de la hiérarchie catholique pour obtenir une déclaration solennelle, sont confondantes à ce propos).

Le soutien et l’amitié de Jean Paul II

Heureusement, ou plutôt providentiellement, Jérôme Lejeune allait recevoir bientôt de la tête de l’Eglise mieux que de la compréhension et des encouragements, un appui et très vite une amitié indéfectibles de la part du pape Jean Paul II. On a pu en lire, sur le livret de la cérémonie de clôture de l’enquête diocésaine, un écho particulièrement significatif dans le message que le souverain pontife avait adressé à l’archevêque de Paris, le cardinal Jean-Marie Lustiger, en avril 1994, lors de la mort de celui que le pape nomme « notre frère Jérôme ». Citons-en quelques extraits en guise de conclusion : «…le professeur Lejeune a toujours su faire usage de sa profonde connaissance de la vie et de ses secrets pour le vrai bien de l’homme et de l’humanité, et seulement pour cela. Il est devenu l’un des défenseurs ardents de la vie, spécialement de la vie des enfants à naître qui, dans notre civilisation contemporaine, est menacée au point que l’on peut penser à une menace programmée. » Et Jean Paul II de poursuivre avec des mots qui prennent, dix-huit ans plus tard, des allures prophétiques : «Aujourd’hui, cette menace s’étend également aux personnes âgées et malades. Les instances humaines, les parlements démocratiquement élus, usurpent le droit  de pouvoir déterminer qui a le droit de vivre et, inversement, qui peut se voir dénier ce droit sans faute de sa part. De différentes manières, notre siècle a fait l’expérience d’une telle attitude, surtout pendant la dernière guerre mondiale, et aussi à la fin de la guerre. » En d’autres termes, le pape nous avertissait que de telles législations dites « permissives » nous faisaient en réalité sombrer dans un nouveau totalitarisme. Pas étonnant que ses promoteurs n’aient rien ménagé pour tenter de réduire au silence Jérôme Lejeune. Jean Paul II n’avait pas manqué d’évoquer ces persécutions dans le paragraphe suivant : « Le Professeur Jérôme Lejeune a pleinement assumé la responsabilité particulière du savant, prêt à devenir un « signe de contradiction », sans considération des pressions exercées par la société permissive ni de l’ostracisme dont il était l’objet. »

Le courage : peut-être la plus rare des vertus dans les  temps que nous vivons. Gageons qu’elle ne sera pas oubliée par l’Eglise dans l’examen qui lui permettra, nous l’espérons, de proclamer l’« héroïcité des vertus »  de Jérôme Lejeune.

 

 

 

Mohamed Merah, une maladie de l’islam ?

Mon « décryptage » pour le site Liberté Politique

Mohamed Merah était-il un garçon perturbé qui aurait « disjoncté », un fou isolé, un météorite tombé de nulle part ? Avait-il inventé de toutes pièces l’islam au nom duquel il a assassiné sept personnes dont trois enfants ? Doit-on caractériser son action comme le produit monstrueux d’une imagination totalement étrangère et même absolument contraire au Coran ? C’est ce que nous ont répété à satiété les responsables musulmans et, avec eux, nombre de commentateurs bien intentionnés, leur première intention étant sans doute de se rassurer eux-mêmes tout en respectant la consigne « surtout pas d’amalgame!». (Lire la suite…)

DSK, bouc… émissaire

Mais qu’est-ce qu’ils veulent tous – toutes surtout !- à ce pauvre DSK ? Mon éditorial pour Liberté Politique.

Qu’on apprécie ou pas les dessins du caricaturiste Georges Wolinski, une de ses phrases, au moins, mérite d’être retenue : « Nous avons fait mai 68 pour ne pas devenir ce que nous sommes devenus »… Devenus quoi ? Des obsédés du sexe, du fric et du pouvoir…bref des esclaves exploitant d’autres esclaves, tout sauf des hommes et des femmes libres.
Difficile d’imaginer un représentant plus emblématique de cette déchéance d’une certaine élite que Dominique Strauss-Kahn. Briantissime homme de gauche, riche, charmeur et polyglotte, deux fois secrétaire national du Parti socialiste, trois fois ministre, promis à la magistrature suprême par ses amis, par nombre de ses adversaires et par les sondeurs, nommé entre-temps à la tête du FMI avec le soutien de Nicolas Sarkozy, il aura vu son image fracassée par une matinée de trop au Sofitel de New-York. En quelques secondes, sa photo de prévenu menotté et pas rasé a fait le tour du monde. Depuis, la justice et les médias ne le lâchent plus, obligeant même les journalistes français à retrouver la mémoire ! Tout ce qu’ils savaient depuis belle lurette sur les frasques de DSK, secret de polichinelle pour le petit monde du Tout-Paris et le microcosme du Palais Bourbon, a crevé comme une bulle nauséabonde avec la plainte de la femme de chambre Nafissatou Diallo, suivie de peu en France par celle de la journaliste et écrivain Tristane Banon. L’air devient carrément irrespirable maintenant que l’affaire du Carlton de Lille débouche sur la mise en examen de DSK pour « proxénétisme aggravé en bande organisée », et cela au moment même où se joue à New York l’examen de la plainte au civil de Nafissatou Diallo … Les femmes sont au comble de l’indignation, les Français se sentent floués et définitivement ridiculisés sur la scène internationale, les socialistes ne veulent plus entendre parler de leur grand homme, et les euros-députés l’ont déclaré « persona non grata » (certains en des termes moins choisis).
Mais qu’est-ce qu’ils veulent tous à ce pauvre DSK ? N’est-il pas le modèle accompli de « l’homme libéré » tel qu’on nous l’enseignait sur les bancs de la Sorbonne au tournant des années soixante ? Souvenons-nous, chers camarades soixante-huitards : « Il est interdit d’interdire », « Jouissons sans entrave », « Libérons la force orgasmique » ! Tous ces slogans badigeonnés sur les murs du Quartier latin ne résumaient-ils pas fidèlement l’enseignement universitaire doctement dispensé à l’ombre de la statue du cardinal Richelieu, sous l’égide des nouvelles stars de la pensée,  Wilhelm Reich, Deleuze, et autres Guattari ? Avec eux, nous étions sommés de dénoncer en chœur les « tabous »judéo-chrétiens : non seulement Dieu, l’Église, l’armée, les patrons (vieilles lunes), mais la famille, l’autorité paternelle, le lien conjugal, la virginité, la pudeur et bien sûr l’hétérosexualité  . . .et même l’interdit pédophile (n’est-ce pas, Daniel Cohn-Bendit ?). Autant de « structures d’oppression », du totalitarisme ! Même la jalousie dans le couple était réputée pathologique puisqu’elle supposait une élection sentimentale ! Or l’authenticité qu’exigeait la révolution sexuelle faisait litière du sentiment : plus question de dire au « partenaire » : « je t’aime», mais «je te veux », sauf à rester englué dans l’habituel refoulement petit-bourgeois-hypocrite …
Mais voilà, l’eau a coulé sous les ponts, une eau morne et sale, dont l’état de putréfaction est décrit de façon très réaliste par les romans désespérés de Houellebecq. Aussi quand elle découvre que dans ses moments de sincérité, Dominique Strauss-Kahn désigne ses partenaires sexuelles comme du « matériel » (livré par un grand humaniste surnommé Dédé la Saumure), l’opinion est saisie d’un haut-le-cœur. Sain réflexe de la nature humaine, rébellion contre sa prétendue « libération » par les trois concupiscences du sexe, de la richesse, et du pouvoir. Voici le temps des « indignés ».  Encore un effort, et ils découvriront peut-être à temps ce qui se cache derrière les nouvelles « avancées » sociales et éthiques promises au peuple par les démagogues non moins soixante-huitards qui briguent ses voix.

Après Toulouse, l’effrayante évidence

Mon éditorial pour le site de Liberté Politique (23 Mars).
Passés le choc et le deuil de toute la nation, vient le temps des constats et des questions. Laissons de côté les polémiques sur l’intervention du RAID auquel il faut surtout rendre hommage, même s’il est permis de s’interroger sur le non emploi de gaz irritants ou endormants qui auraient (peut-être !) limité la casse et permis (peut-être !) de capturer Mohamed Merah vivant. On peut aussi être partagé entre l’admiration pour la rapidité avec laquelle nos services de renseignement ont identifié le tueur, et le fait qu’il ait pu réunir un arsenal et préparer ses forfaits alors qu’il était connu de tous ces services : de celui de l’armée, la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense), comme de la DGSE et de la DCRI, les services de renseignements extérieurs et intérieurs, chapeautés par le Conseil national du renseignement (CNR). Bref, grâce au croisement de ces fichiers informatisés que honnit la gauche, Merah était connu comme le loup blanc, y compris de la Justice qui l’avait envoyé deux fois en prison pour de « petits délits » pas si petits que ça… (Lire la suite…)

A notre santé !

Mon éditorial pour le site de Liberté Politique

La France serait-elle devenue le pays du Malade imaginaire ? Un pays peuplé d’hypocondriaques aussi robustes qu’Argan pour résister (pas tous, pas tout le temps !) aux potions et autres clystères que leur administre une armée de Purgon et de Diafoirus ? Bien sûr, nous sommes à des années-lumière de la médecine de Molière !  Mais notre industrie pharmaceutique, qui contribue à l’essor de la recherche médicale et en tire légitimement profit, s’est enivrée du marketing. Au point d’en oublier parfois l’objet premier de son activité : favoriser ou restaurer la santé. (Lire la suite…)

Vietnam : les persécutions suivent leur cours tranquille…

Encore deux catholiques du diocèse de Vinh emprisonnés pour propagande antigouvernementale, rapporte Eglises d’Asie (14/03/2012):

Deux catholiques du diocèse de Vinh emprisonnés pour propagande antigouvernementale

Aux 17 ou 18 arrestations de jeunes catholiques du Centre-Vietnam survenues depuis la fin du mois de juillet 2011, il faut ajouter aujourd’hui les condamnations de deux autres personnes. Elles avaient été arrêtées sans que la nouvelle ne soit diffusée par les blogs ou les sites indépendants, contrairement à ce qui s’était passé pour les autres catholiques du diocèse, ou encore pour les huit paroissiens de Thai Ha dans le diocèse de Hanoi.

Leur procès, rapporté par la presse officielle (1), a eu lieu le 6 mars 2012 devant le Tribunal populaire de la province du Nghê An. Les deux catholiques du diocèse de Vinh qui ont comparu devant lui ont été condamnés : Mme Vo Thi Thuy, âgée de 50 ans, originaire de Dông Hoi (Quang Binh), a été condamnée à une peine de cinq ans de prison ferme, tandis que le jeune Nguyên Van Thanh, âgé de 28 ans, de la commune de Nghi Diên (Nghê An), écopait de trois ans de réclusion. Ils étaient tous les deux accusés de propagande antigouvernementale.

Il s’agit là d’un procès étrange où ont été amalgamées deux affaires apparemment sans lien entre elles. Selon l’acte d’accusation, le prêtre dissident Nguyên Van Ly, actuellement détenu pour « propagande antigouvernementale », aurait financé Mme Vo Thi Thuy pour qu’elle imprime et diffuse des documents antigouvernementaux et anti-Parti. Bien entendu, le prêtre dissident n’a pas été convoqué pour confirmer cette accusation. En réalité, on reprocherait surtout à l’accusée son attitude à l’époque où se déroulait le très violent conflit entre la paroisse de Tam Toa et les autorités locales au sujet de l’église paroissiale. Lors de ces événements qui ont débuté en juillet 2009, elle était alors vice-présidente du conseil paroissial de Tam Toa et avait, à ce titre, rendu de nombreux services à paroisse où elle bénéficiait de la confiance générale. Le curé de Tam Toa a fait l’éloge de son dévouement au service de la communauté catholique.

Le second accusé avait été arrêté le 7 février 2011 pour coups et blessures, une accusation qui sera par la suite abandonnée et remplacée au moment du procès. On lui a alors reproché de détenir documents s’opposant à l’Etat et au Parti.

Notes

(1) Voir le Công An Nhân Dân, organe de la Sécurité publique, du 6 mars 2012 :http://www.baomoi.com/Home/HinhSu/cand.com.vn/Xu-phat-8-nam-tu-2-doi-tuong-chong-pha-nha-nuoc/8012386.epi

Israël/Iran : la Grande Guerre n’aura pas lieu

A force d’agiter la menace nucléaire, l’Iran, Israël et ses alliés occidentaux sont pris à leur propre piège. Le risque d’un grand dérapage militaire dans la région la plus sensible du monde commence à faire froid dans le dos. Peur salutaire ? 

« Écoute-la, Cassandre ! Écoute ce bloc de négation qui dit oui ! » (« La Guerre de Troie n’aura pas lieu », Acte I, scène 9). Sans illusion, Cassandre lit l’avenir dans l’âme d’Hélène. Mais que dirait-elle des cris de guerre qu’échangent aujourd’hui Israël et l’Iran à la face du monde ? Menaces sérieuses ou rodomontades des deux camps ?

La situation très inconfortable d’Israël comme la liste de ses exploits depuis la guerre des Six jours- et notamment ses raids fulgurants  contre le réacteur nucléaire irakien Osirak en 1981 et le site nucléaire  (ou réputé tel) syrien en 2007- incitent à ne pas prendre ses avertissements à la légère. Pas plus que ne font sourire les promesses d’anéantissement que lui adresse son  ennemi iranien à travers la rhétorique apocalyptique des dirigeants de la République islamique. Khamenei et Ahmadinejad rivalisent de surenchères bellicistes accompagnées de démonstrations navales dans le Golfe persique et en Méditerranée.

Pourtant, plusieurs circonstances invitent à ne pas céder à la panique. (Lire la suite…)

Pakistan : Shahbaz Bhatti, nouveau « martyr de la foi »

L’Eglise demande que Shahbaz Bhatti assassiné il y a un an, soit reconnu ‘martyr de la foi ‘ annonce Eglises d’Asie.

L’Eglise demande que Shahbaz Bhatti assassiné il y a un an, soit reconnu 'martyr de la foi '

« Le 2 mars 2011, Shahbaz Bhatti, 42 ans, ministre fédéral des Minorités, était abattu dans sa voiture à Islamabad (1). Le meurtre était revendiqué par le Tehrik-e-Taliban Pakistan, mouvement terroriste proche d’Al-Qaida, accusant le ministre de s’être « opposé à la loi anti-blasphème »et d’avoir défendu la chrétienne Asia Bibi (2).

Shahbaz Bhatti, ministre des Minorités depuis 2008, seul catholique au sein du gouvernement pakistanais, savait qu’il était menacé de mort, comme l’avaient révélé ses proches après son décès. Depuis l’assassinat deux mois auparavant, pour les mêmes motifs, de Salman Taseer, gouverneur du Pendjab et musulman (3), le ministre catholique était devenu la nouvelle cible des extrémistes. Alors qu’il venait, sous la pression des Etats-Unis, d’être reconduit en février 2011 à son poste menacé de suppression en novembre 2010, Shahbaz Bhatti avait pourtant continué ses démarches en faveur de la libération d’Asia Bibi, remettant notamment au Premier ministre une pétition demandant la grâce présidentielle pour la condamnée. Le ministre savait par ailleurs qu’une fatwaavait émise contre lui, depuis que le président lui avait demandé de former un comité pour lutter contre l’utilisation de la loi anti-blasphème à des fins personnelles ou politiques.

Son meurtre avait révélé les convictions chrétiennes profondes d’un homme qui essuyait encore peu avant sa mort,  les critiques de certains militants et hommes d’Eglise – dont les membres du All Pakistan Minorities Alliance, parti qu’il avait fondé -, lui reprochant de ne pas oser défendre véritablement la cause des minorités et d’être inféodé au gouvernement (4).

Un an plus tard, c’est cependant l’ensemble de la communauté catholique qui lui rend hommage, demandant unanimement que soit introduite sa cause en canonisation. (Lire la suite…)

SOS « Mademoiselle » : la 5575/SG veut sa peau !

De Mam’zelle Clio à Mademoiselle K,  pour rester dans la chanson, en passant par la mode avec Mademoiselle Chanel (Coco), sans oublier l’Histoire avec la Grande Mademoiselle (entre autres), faudra-t-il à toutes donner du « Madame » ?

« Mademoiselle » se meurt, « Mademoiselle » est morte, tuée ou du moins condamnée à mort par la circulaire n° 5575/SG du 21 février 2012. Signée du Premier ministre (pas moins !) et adressée aux membres du Gouvernement concernés et aux préfets, elle invite ceux-ci à « donner instruction » à leurs administrations « d’éliminer autant que possible de leurs formulaires et correspondances les termes « Mademoiselle », « nom de jeune fille », « nom patronymique », « nom d’épouse » et « nom d’époux », en leur substituant respectivement les termes « Madame », « nom de famille » et « nom d’usage » ». « Mademoiselle » trahissant l’état de vie d’une personne du beau sexe quand le mâle, lui, reste uniformément « Monsieur », cette appellation horriblement sexiste et discriminante ne saurait être plus longtemps tolérée par les oreilles si délicates de notre époque ô combien raffinée…
Toutefois les formulaires déjà édités pourront être utilisés « jusqu’à épuisement des stocks » (par les temps qui courent, il n’y a pas de petites économies).
Ouf, on respire ! On peut croire en effet que le peuple qui, après tout, forge la langue, dispose lui aussi de suffisamment de stocks  de bon sens et d’humour pour ne pas donner du « madame » à une adolescente de 15 ans. Et de poésie aussi :
« Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d’ici en Italie. » (Clément Marot 1496-1544)
Humour et poésie ! Deux remèdes à prescrire d’urgence aux  « chiennes de garde » et autres féministes* que le gouvernement a voulu flatter.

*Pas toutes, heureusement : forte d’un sondage Ifop montrant que le sujet n’est jugé important que par 5% des sondées, la  présidente de l’association Paroles de femmes juge que « c’est un combat d’arrière-garde. Cela ne m’a jamais gênée d’être appelée mademoiselle! Ce n’est vraiment pas la priorité».

 

Afghanistan : vers une déroute à la vietnamienne

Après dix ans de guerre et d’occupation, la coalition conduite par l’Otan en Afghanistan se dirige inexorablement vers une issue semblable à celle de l’intervention américaine au Vietnam.

A croire que l’Histoire n’instruit guère : après avoir eu raison alternativement des Anglais et des Russes au cours des deux siècles passés, l’opiniâtre résistance afghane à toute présence étrangère se manifeste une nouvelle fois par une déroute, celle des Américains et de leurs alliés. Le sentiment antiaméricain n’a jamais été aussi fort dans la population en dix ans de conflit, à cause des bavures de l’Otan qui font régulièrement des victimes civiles, et de diverses affaires de profanations ou d’actes jugés blasphématoires à l’encontre de l’islam, comme en Irak. (Lire la suite…)

Syrie : un air de guerre d’Espagne

L’internationalisation de la guerre civile syrienne et les passions qu’elle suscite évoquent l’atroce guerre civile espagnole de la fin des années trente.
Après un an d’insurrection, la Syrie occupe presque quotidiennement la une de l’actualité internationale. La cause des opposants au régime est massivement soutenue par les medias occidentaux. Si le tour pris par les évènements en Egypte, en Tunisie et Lybie a fait naître certaines réserves sur « le printemps arabe », rien de tel encore s’agissant de la Syrie. Les passions s’exacerbent devant l’extrême férocité de la répression exercée par le régime de Bachar el-Assad (qui n’épargne ni les enfants, ni les blessés, ni les médecins qui les soignent), et l’impuissance des occidentaux à intervenir face aux vétos russe et chinois à l’ONU. Après avoir été tenues pour responsables de la mort du reporter français Gilles Jacquier, touché par un obus à Homs le 11 janvier dernier alors qu’il opérait dans le camp des partisans du régime, les autorités de Damas sont à présent accusées de la mort, le 22 février, d’un second reporter-photographe français et d’une journaliste américaine entrés clandestinement à Homs pour couvrir la guerre du côté des insurgés. Mutatis, mutandis, ce climat évoque celui de la guerre d’Espagne. Dans un cas comme dans l’autre, les grandes puissances s’affrontent et se neutralisent, aujourd’hui à l’ONU, jadis à la SDN, des « brigades internationales » -en l’occurrence sunnites- s’engagent dans un camp, tandis que l’opinion publique occidentale est appelée à compatir et quasiment à militer pour la cause des « bons » massacrés par les « méchants », sans se poser plus de questions sur les menées des insurgés syriens que sur celles des républicains espagnols. (Lire la suite…)

Libye : l’arbitraire et la terreur

Comme c’était malheureusement prévisible, la guerre civile libyenne est loin de s’être achevée avec la mort de Kadhafi. Après la dictature, voici le règne des miliciens.

On estime à 125 000 les Libyens n’ayant pas déposé leurs armes. La capitale, Tripoli, est livrée aux milices – plus de 120 ! Quand ils ne règlent pas leurs comptes à l’arme lourde, les miliciens quadrillent la ville nuit et jour, enlèvent qui bon leur semble, y compris, bien entendu, des jeunes filles.
Originaires de Misrata, de Zentane ou de Nalout, les villes qui furent en pointe dans la lutte contre Kadhafi, une douzaine de  chefs de guerre se défient et s’affrontent, chacun estimant que ses mérites de « libérateur » le désignent comme patron. Au grand dam du Conseil national de transition (CNT) dont l’impuissance laisse augurer un scrutin tumultueux lorsqu’il s’agira d’élire l’Assemblée constituante en juin. (Lire la suite…)

L’anonymat sur Internet est-il catho-compatible ?

Sur Padreblog, une utile mise au point de l’abbé Pierre Amar à l’intention de certains internautes d’autant plus ardents à polémiquer qu’ils se réfugient derrière l’anonymat :

« Celui qui avance masqué est souvent un autre homme.

Au téléphone, les enfants farceurs le réalisent très vite. Les plus grands le constatent en voiture ! Sur le bitume, dans l’anonymat confortable qu’offre l’habitacle de sa voiture, l’homme civilisé devient vite … un parfait goujat.

Osons le dire : l’anonymat défoule. Depuis toujours. Et les routes d’Internet n’ont pas échappé aux mêmes dérapages … (Lire la suite…)

Printemps arabe ou débâcle générale ?

L’enthousiasme naïf de l’opinion occidentale pour la révolution démocratique du « printemps arabe » et l’espoir de sa propagation en « terre d’Islam » se sont beaucoup refroidis.
Bains de sang en Syrie, impuissance des islamistes « modérés » au pouvoir en Tunisie -harcelés par les salafistes- à contenir l’explosion du chômage et de la corruption, affrontements sanglants en Egypte ballotée entre les frères musulmans, les ultras et l’armée en embuscade, affrontements claniques et anarchie en Libye, combats sans merci entre chiites et sunnites en Irak, guerre civile au Yémen, tensions entre l’Iran et les Pays du Golfe (sunnites), guerre froide entre l’Iran, Israël, l’Amérique et ses alliés occidentaux, déroute de ces derniers en Afghanistan, collusion du Pakistan avec les  talibans afghans…
(Lire la suite…)

Japon : Retour à Fukushima

Une actualité chassant l’autre, on a eu vite fait d’oublier la catastrophe provoquée par le tsunami du printemps dernier au Japon. Qu’en est-il notamment du péril nucléaire ? Eglises d’Asie (30 janvier 2012) se fait l’écho de témoignages saisissants sur les conditions d’un « sauvetage » qui est loin d’être acquis.
Depuis mars 2011, de nombreux experts du nucléaire se sont exprimés au sujet de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Bien plus rares sont les acteurs et victimes du drame à avoir pris la parole. Rencontre avec un « liquidateur » et de simples riverains de Fukushima. Leurs témoignages sont comme des échos à ceux de travailleurs de Tepco recueillis dix ans plus tôt, lors d’une enquête sur la sous-traitance dans le nucléaire japonais (1).  

… pour lire la suite, cliquer sur le lien ci-après :   http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/japon/pour-approfondir-retour-a-fukushima

 

Naufrage du Concordia : plus révoltant que celui du Titanic!

Journal de Léon Bloy, 17 avril 1912 : « Les journaux sont remplis de la catastrophe du Titanic [le naufrage a eu lieu dans la nuit du 14 au 15 avril], le plus immense des  transatlantiques. Dès son premier voyage, il vient d’être éventré par un iceberg. Un millier d’hommes à peine ont pu être sauvés [environ 700]  sur quatre mille environs [en réalité 1 324 passagers et 889 membres d'équipage] que portait ce bâtiment diabolique chargé de richesses. Des milliardaires ont été noyés. Un luxe inouï les environnait, en même temps qu’il y avait, à fond de cale, une sorte d’enfer pour les pauvres émigrants. »
Un siècle plus tard, à trois mois près, tout le monde évoque le naufrage du Titanic à propos de celui du Costa Concordia. (Lire la suite…)

Pakistan : La situation de l’enseignement catholique se dégrade au Pendjab

Eglises d’Asie (12 janvier 2012 ) rapporte que de récents évènements viennent contredire la version officielle d’une amélioration des relations entre l’enseignement privé et l’administration du Pendjab (ou Penjab), province du Pakistan où se concentre l’essentiel des établissements catholiques du pays (et où Asia Bibi est emprisonnée -voir article suivant)… pour lire la suite, cliquer sur le lien ci-après : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/la-situation-de-l2019enseignement-catholique-se-degrade-au-pendjab

 

Regain de mobilisation pour Asia Bibi


Honneur à Radio Notre-Dame qui a consacré, le 11 janvier une troisième émission (« Le grand témoin »  à Asia Bibi. Chacun devrait connaître le nom de cette chrétienne catholique pakistanaise, mère de famille nombreuse (cinq enfants dont une fille handicapée), arrêtée en juin 2009 pour « blasphème », condamnée à mort en novembre 2010 et détenue depuis dans des conditions épouvantables, dans la prison de Sheikpura (Penjab). Une cellule sans fenêtre, a rappelé la journaliste Anne-Isabelle Tollet, (auteur de « Blasphème, Asia Bibi » Oh! Editions, dont les droits d’auteurs font vivre la famille d’Asia), et si exigüe que la prisonnière peut toucher sans se déplacer les murs opposés. Une cellule glacée en cette période hivernale très rigoureuse au Penjab (Lire la suite…)

De la France de Jeanne à la nôtre

[Mon éditorial pour le site de Liberté Politique, mis en ligne le 6 janvier]

Alors que la France se souvient in extremis de fêter le 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, avec la visite à Domrémy du chef de l’Etat ce vendredi, n’y aurait-il pas, malgré ce gouffre de six siècles, quelque analogie entre ce qui advint alors et ce que nous vivons aujourd’hui ? Relisant le Jeanne d’Arc de Régine Pernoud (Seuil), je note au passage : 1) que l’époque (XIVe -début du XVe siècle) était des plus sinistres : « époque de misère générale pour l’Occident », enchaînant famine, peste noire (la première pandémie européenne avec des foyers résurgents pendant un siècle), guerre ‘de Cent ans’  et troubles sociaux. 2°) que la ruine économique faisait du peuple la proie des usuriers, au risque pour ceux-ci d’être périodiquement victimes de révoltes d’ « indignés » ; 3°) que la tragédie parut consommée pour le Royaume avec l’arrivée sur le trône de Charles VI, qui avant d’être atteint par la maladie qui le fit surnommer « le fol », « présentait tous les défauts de cette race des Valois, brouillonne, têtue », « sans esprit de suite », et « n’ayant de goût que pour les exploits éclatants et les fêtes ruineuses », penchant fort répandu dans l’aristocratie en ces années « bling-bling » ; 4°) que l’autorité royale fut mise à mal par les rivalités des grands feudataires qui auraient dû s’unir pour la soutenir, au lieu que leurs querelles incessantes livrèrent la France à l’ennemi. (Lire la suite…)

Nigéria : le Noël sanglant des islamistes

La secte Boko Haram, liée à la branche maghrébine d’Al-Qaïda, revendique les attentats antichrétiens qui ont de nouveau endeuillé le Nigéria à Noël. L’état d’urgence a été décrété.

« La cruauté d’une haine absurde et aveugle » : c’est ainsi que le P. Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, a qualifié l’attaque meurtrière (une cinquantaine de morts) dont ont été victimes les fidèles qui sortaient de la messe de Noël en l’église catholique sainte Bernadette à Madalla, en périphérie d’Abuja, la capitale fédérale du Nigéria  (située au centre du pays, Abuja a remplacé Lagos comme capitale en 1991). (Lire la suite…)

Europe : des Roumains contraints de travailler le jour de Noël

Dans un communiqué , l’Association pour la Fondation de Service politique (AFSP ) membre de l’Alliance européenne pour le dimanche ( European Sunday Alliance  : ESA) relaie sa protestation contre les hypermarchés de la société allemande REAL ROMANIA :

Le Secrétariat de l’Alliance européenne pour le dimanche (European Sunday Alliance – ESA) a, le 19 décembre 2011, demandé à ses membres et à ses soutiens de se mobiliser en faveur des travailleurs des hypermarchés REAL-Roumanie. La société allemande REAL, implantée en Roumanie, avait en effet, décidé d’ouvrir ses magasins le dimanche 25 décembre et le dimanche 1er janvier. L’association pour la Fondation de Service politique proteste contre la violation de trêves que tant de pays respectent. L’association pour la Fondation de Service politique se réjouit qu’aujourd’hui REAL soit revenu sur certains de ses projets indécents mais voudrait s’élever encore contre l’ouverture de ses magasins le jour de Noël faisant travailler ses salariés lors d’une des fêtes les plus importantes au monde. C’est d’autant plus choquant que la société REAL ne peut pas conduire une telle dérégulation chez elle, en une République fédérale d’Allemagne qui protège le dimanche jusque dans sa Constitution. Avoir utilisé le chantage du licenciement, retenir les chèques de Noël pour obliger les salariés de REAL à travailler ces jours-là avait de quoi indigner profondément. C’était le propre du communisme qu’un matérialisme athée broyant la personne humaine. L’ouverture des magasins en Roumanie le jour de Noël prouverait-il qu’il n’est pas définitivement mort ?

L’Association pour la Fondation de Service politique ne considère pas que l’ouverture des magasins le jour de Noël soit une affaire strictement intérieure à la Roumanie, et entend s’impliquer dans cette bataille en raison de la dimension européenne qu’elle comporte ; c’est l’identité de l’Europe qui est aussi en jeu.

NDLR Le matérialisme libéral a pris efficacement la relève du matérialisme communiste en Europe. Il n’est pas moins déshumanisant -et d’autant plus pernicieux qu’il se présente sous les traits souriants du « libre » consumérisme .

Vietnam : kidnapping d’Etat contre les chrétiens

L’arrestation d’un jeune catholique de Vinh revêt toutes les apparences d’un kidnapping, révèle l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP)  Eglises d’Asie (28 décembre 2011) – Les festivités de Noël n’ont pas empêché les agents de la Sécurité publique de poursuivre leur campagne d’arrestations dans les milieux de la jeunesse catholique, une campagne entamée depuis la fin du mois de juillet dernier. Un nouveau nom vient de s’ajouter à la liste des quinze personnes déjà « enlevés » sans mandat d’arrêt par les services de la Sécurité publique. …

… pour lire la suite, cliquer sur le lien ci-après : http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/l2019arrestation-d2019un-jeune-catholique-de-vinh-revet-toutes-les-apparences-d2019un-kidnapping/view

Loi sur le génocide arménien : leur tête de Turc, c’est la liberté !

Et rebelote ! Le 22 décembre, nos courageux députés (ils n’étaient qu’une cinquantaine à se « mouiller » dans l’hémicycle pour ce vote à main levé, une demi-douzaine seulement osant voter contre) ont à nouveau dégainé l’arme d’une « loi mémorielle » pour pénaliser la négation du génocide arménien de 1915. Vote irresponsable, désespérément stupide ! Se mettre à dos la Turquie -que nombre de ces mêmes élus voulaient intégrer à l’Europe !-  pour des forfaits perpétrés il y a un siècle alors que, à tort ou à raison, on  mise sur elle pour jouer un rôle stabilisateur au Moyen Orient, notamment vis-à-vis de la Syrie, cherchez l’erreur ! Mais à l’approche des élections, foin de cohérence, tout est dans la posture : il y aurait un demi-million de Français d’origine arménienne dont 100 000 à Marseille. (Lire la suite…)

Corée du Nord : la mort de Kim Jung-il, tyran, fils de tyran

Les scènes de désespoir populaire complaisamment mises en scène par la télévision nord-coréenne rappellent celles que  la propagande d’Etat soviétique organisa à la mort de Staline (1953). Toutefois le monde hésite à se réjouir de la mort du tyran, fils de tyran, qui a déjà un successeur : son fils ! Eglises d’Asie (19/12/2011) fait le point sur la situation de cette monarchie communiste   :

«  Kim Jung-il est décédé samedi à l’âge de 69 ans, laissant le pouvoir à son fils, Kim jong-un. L’inquiétude grandit dans la péninsule coréenne et au sein de la communauté internationale, dans un contexte de tension politique exacerbé entre les deux Corées. Cependant les membres des mouvements de réunification et les Eglises se veulent plus optimistes, espérant un retournement de situation… (Lire la suite…)

Des « poissons roses »… en eaux troubles

Bien sympathiques et d’une édifiante générosité, ces fondateurs des « poissons roses » entendus sur Radio Notre-Dame (émission Le Grand Témoin du 13/12/11). Philippe de Roux, ex-UMP, « poisson pilote »,  et Nestor Dosso, conseiller municipal PS, « poisson copilote », veulent agir chrétiennement en politique : « Nous sommes des chrétiens, impatients de libérer notre parole et d’être des artisans de justice et de paix. Nous voulons rassembler toutes les personnes de bonne volonté, croyantes ou non, car le message de l’Evangile est universel», déclarent-ils sur leur site. Engagés tous deux dans l’action sociale et humanitaire, ils veulent légitimement aller plus loin : « Nous souhaitons que ce désir de changement ne se limite pas au champ de l’initiative associative mais qu’il soit à la source des décisions politiques de notre pays. » Leur ennemi, c’est « l’idéologie libérale » définie comme « un système instaurant la prédominance des intérêts économiques sur les intérêts humains et la réduction de la valeur des êtres et des choses à une valeur marchande. Les conséquences de cette pensée dominante touchent à la fois le fonctionnement de l’économie, l’équilibre de notre planète et les rapports les plus intimes entre les personnes. » (Lire la suite…)

Bizutage picnic

Interdit par une loi de 1998, le bizutage continue de défrayer la chronique. Quinze plaintes ont été répertoriées par le Comité national contre le bizutage (CNCB) cette année. La dernière émane d’un étudiant de Paris Dauphine agressé dans les locaux de l’université lors d’une réunion de la «Japad» (Jeune association pour la promotion des activités à Dauphine). Une fois de plus, l’alcool a coulé à flots. Le jeune homme s’est retrouvé dans un état comateux, le dos gravé avec une capsule de bouteille ! Il a porté plainte. (Lire la suite…)

« Printemps arabe » : Vous avez dit « islamistes modérés » ?

Deux électeurs sur trois ! Avec plus de 65% des voix au premier tour des législatives, un raz-de-marée islamiste vient de submerger l’Egypte, nation la plus peuplée du monde arabe (plus de 80 millions d’habitants). Les Frères musulmans prétendument «modérés »  (36,62% des voix) et les « durs » salafistes d’Al-Nour (24,36% ) se partagent -avant de se disputer- le gros du gâteau, tandis que la troisième liste islamiste, celle du Wassat réputé « encore plus modéré », remporte 4,27% des suffrages. Le même basculement d’une dictature clanique en « démocratie » islamique est à l’œuvre en Tunisie, en Libye et sans doute bientôt en Syrie, en attendant peut-être le Maroc (où le roi doit composer avec les islamistes vainqueurs aux urnes) et -pourquoi pas ensuite?-  l’Algérie.   (Lire la suite…)

Communauté des Béatitudes : non, malgré tout, ce n’est pas une secte

Une nouvelle fois, l’Eglise est blessée et publiquement humiliée par des actes de pédophilie commis par l’un des siens. Le 2 décembre, le tribunal correctionnel de Rodez a condamné à cinq ans de prison Pierre-Etienne Albert, ancien chantre non ordonné de la Communauté des Béatitudes (qui compte encore aujourd’hui, après de nombreux départs, 256 laïcs, 244 sœurs consacrées, 144 frères et prêtres). Après avoir sévi en toute impunité pendant 25 ans dans la vingtaine de maisons des Béatitudes, Pierre-Etienne Albert s’est finalement dénoncé à la Justice à l’incitation d’anciens membres de la Communauté, reconnaissant des attouchements sur une cinquantaine d’enfants (38 cas étaient jugés, les autres étant prescrits ou insuffisamment établis). Mais avant que cette affaire sordide n’éclate, le Saint-Siège avait déjà entrepris de remettre sur les rails ou plutôt de refonder la Communauté des Béatitudes sous la houlette d’un dominicain, le Père Henry Donneaud, nommé Commissaire pontifical par Rome. (Lire la suite…)

Le communiqué de la Communauté des Béatitudes (15 novembre 2011)

« Un processus d’assainissement et de restructuration en cours »
« Fondée en 1973 dans l’élan du renouveau charismatique, la Communauté des Béatitudes a connu, durant ses trois premières décennies, une croissance rapide, qui l’a conduite à fonder plus de soixante dix maisons sur les cinq continents. Son dynamisme, sa ferveur, son rayonnement spirituel et apostolique, sa capacité à toucher tous les milieux, même incroyants, ont conduit les autorités ecclésiales à discerner en elle un authentique don de Dieu. En 2002, la Communauté d’alors avait été reconnue par le Saint Siège comme « association privée de fidèles de droit pontifical », avec approbation « à l’essai » de ses Statuts.
Depuis lors, sont apparus plus nettement les fragilités, les défauts, les dérives qui, sans remettre en cause la valeur d’ensemble de sa mission, ont gravement affecté sa croissance : des pratiques psycho-spirituelles mal équilibrées, une confusion dans la vie commune des différents états de vie (laïcs, consacrés), des problèmes de gouvernance, de graves délits commis par certains de ses membres. Signe certain d’un malaise profond, de nombreux membres de la Communauté, prêtres, consacrés et laïcs, l’ont quittée durant ces dix dernières années. (Lire la suite…)

Chambon-sur-Lignon : un psychiatre s’insurge contre les expertises

A propos de l’assassinat de la jeune Agnès, à Chambon-sur-Lignon, je m’étonnais la semaine dernière de ce qui m’apparaissait -comme à pratiquement tout le monde- une irresponsabilité stupéfiante des différents acteurs -juge, expert psychiatre, chef d’établissement, parents de l’assassin- ayant conduit au placement dans un internat mixte d’un violeur sortant de prison et en attente de jugement. Or c’était l’un des sujets de l’émission de France 5 animée par Paul Amar « Revu et corrigé » du samedi 26 novembre (19h00-20h00). Je conseille à ceux qui l’auraient manquée de la visionner (www.france5.fr/revuetcorrige/). Quel contraste entre la piteuse défausse du Président de l’Union Syndicale des Magistrats (USM) notamment face à notre confrère Francois d’Orcival (Président du comité éditorial de Valeurs actuelles) qui se faisait sans la moindre agressivité le porte-parole de la vox populi, et la très courageuse intervention du troisième invité, Paul Bensussan, expert auprès de la cour d’appel de Versailles et expert agréé par la cour de cassation. (Lire la suite…)

Assassinat d’Agnès : on a marché sur la tête !

« Deux haruspices ne peuvent se regarder sans rire » relevait Caton l’Ancien. Pourtant, le Sénat et le peuple de Rome persistèrent longtemps à avoir recours à leurs services. Notre Justice est-elle moins crédule envers ses « experts » psychiatres (dont on s’aperçoit parfois à l’occasion de contrôles inopinés, comme récemment encore au sein des cours d’appel de Bordeaux et de Versailles, qu’ils n’ont nullement les diplômes requis…sans que leurs avis aient paru autrement extravagants).

« La science psychiatrique n’est pas une science exacte », a commenté le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant,  à propos de l’enquête sur l’effroyable assassinat d’Agnès, 13 ans, la lycéenne du collège-lycée Cévenol de Chambon-sur-Lignon par un autre élève, âgé de 17 ans. Assurément, la nature humaine, ses vertus, ses faiblesses, ses perversions, ne se mesurent pas, Dieu merci. Mais cela n’interdit pas de s’interroger sur la vision de l’homme enseignée en psychiatrie et sur les critères de la délivrance des diplômes.  (Lire la suite…)